[Avis] Il faudrait pour grandir oublier la frontière, de Sébastien Juillard.

Les découvertes, les vraies, ça ne tient pas à grand-chose. On furète, on ne pense à rien de particulier, on ne cherche rien de précis et hop, un titre un peu différent des autres vous accroche l’oeil au détour d’un rayon. “Il faudrait pour grandir oublier la frontière”. Faussement simple ? Une tentative pour cacher de la prose grandiloquente qui pète plus haut que son cul ? Sobre et sincère élégance ? Alors on s’approche, circonspect, voire carrément méfiant, un peu malgré soi, on cherche en vain un résumé, on tente de se raccrocher au nom de l’auteur. Sans succès. Le bonhomme est un inconnu.

Du coup, en désespoir de cause, on feuillette gentiment le mince volume, en veillant à s’en tenir aux premières pages pour ne pas se flinguer le truc. Juste au cas où. Et puis là, on tombe sur dix lignes d’une description qui racle le cœur mais qui dans le même mouvement, vous le réchauffe comme du sable brûlant. Et sans le savoir, la frontière est déjà derrière nous.

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Cette novella, je ne l’ai pas lâchée jusqu’à la fin, pas une minute. Et quelques jours après l’avoir reposée, elle me hante toujours. Pour vous en parler, je pourrais sortir le grand arsenal de l’amateur de SF, vous parler d’anticipation géopolitique saisissante, vous sortir des histoires de nanorobots dans une version futuriste de la Bande de Gaza. Sauf qu’en fait, je crois que je m’en fous. Et surtout, ce n’est pas ça qui fait la saveur de ce texte. C’est éminemment personnel, mais ce petit bouquin, c’est avant tout une atmosphère incroyable portée par une prose carrée, pleine d’intelligence et qui se fait volontiers poétique.

La frontière dont il est question, c’est autant celle des cartes que celle qui, par voie de conséquence, se prolonge dans le coeur des hommes. Stéphane Juillard mêle en effet avec talent les destins de Keren Natanel, soldate de Tsahal et enseignante dans une école pour femmes, de Marwan Rahmani, dirigeant d’un Hamas épuisé militairement et qui a choisi l’entente avec l’Etat hébreu, et celui de Bassem, vieux djihadiste qui s’accroche toujours à ses folles visions de dieu et de sang.

Une frontière pour les diviser tous. Artificielle, mentale, politique et omniprésente. Elle imprègne chaque page, change de forme et invite le lecteur, sans qu’il s’en aperçoive, à triturer cette notion à laquelle, finalement, il ne pensait plus guère. Et c’est ainsi que le texte se fait superbement humain tout en évitant pourtant le piège ô combien dangereux de la naïveté. A lire.

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