[Avis] Zombies : Un horizon de cendres, de Jean-Pierre Andrevon

Après m’être quand même bien ennuyé en suivant les tristes pérégrinations de Temple dans “Les faucheurs sont les anges” de Alden Bell, j’ai toutefois souhaité poursuive un peu mon exploration littéraire du thème des zombies. Parce que comme vous le savez, je sais faire preuve de beaucoup de pugnacité quand il est question de viande. Cette fois cependant, j’ai choisi de faire cette nouvelle tentative avec Jean-Pierre Andrevon, dont le recueil de nouvelles intitulé “Demain le Monde” m’avait franchement emballé. Aventureux que je suis, j’ai donc jeté mon dévolu sur l’édition numérique de Zombies : Un horizon de cendres, édité par Le Bélial.

zombies_jp-andrevon

Quatrième de couverture

« Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre. »

Premier jour : Au loin, il y a votre voisin. Vous lui faites un signe avant de poursuivre votre route. Jusqu’au moment où vous réalisez que le voisin en question est décédé depuis des semaines…

Troisième jour : Vous ne décollez plus de la télé, qui enchaîne les émissions spéciales : partout dans le monde les morts se réveillent. Apathiques, ils errent au royaume des vivants…

Cinquième jour : Paralysé de trouille et de dégoût, vous regardez votre femme serrer dans ses bras, au beau milieu de votre salon, une chose qui, un jour, fut sa mère…

Huitième jour : Votre femme vous a quitté après que vous avez réduit en cendres l’ignominie qu’elle appelait « maman ». Derrière vos volets cloués, alors que le chien ne cesse de geindre, ils rôdent.

Neuvième jour : La télé diffuse un reportage au cours duquel on voit une de ces choses dévorer un chat vivant… Ils sont désormais des millions et vous ne vous posez qu’une question : mon monde n’est-il pas désormais le leur ?

Jean-Pierre Andrevon est né à Bourgoin-Jallieu en 1937. Il publie son premier roman, Les Hommes-machines contre Gandahar, en 1969 chez Denoël. C’est le point de départ d’une œuvre protéiforme très engagée, un parcours dense et unique dans les domaines de la science-fiction, du fantastique ou du thriller.

Avec Zombies, un horizon de cendres, texte choc hommage au Dawn of the dead de George A. Romero ainsi qu’au célèbre roman Je suis une légende de Richard Matheson, Jean-Pierre Andrevon nous offre une fin du monde qui, au-delà de l’horreur, se révèle une tranchante analyse de l’altérité doublée d’un regard sans concession sur les maux de la modernité.

En roman en deux morceaux

Le zombie est manifestement un thème cher à Jean-Pierre Andrevon, qui s’est régulièrement amusé à évoquer cette figure à travers romans (Les revenants de l’ombre, au hasard) et nouvelles. Je l’admets, j’espérais donc un peu d’originalité dans le traitement et je n’ai pas été déçu, tout du moins dans la première moitié du bouquin.

En effet, Un horizon de cendres se divise en fait deux parties que je trouve très inégales. La première, comme le suggère le résumé reproduit ci-dessus, s’attarde sur la vie d’un gérant d’une entreprise de pompes funèbres confronté aux premières manifestations d’un retour des morts. Forcément, le bonhomme se trouve aux premières loges, mais le récit reste toutefois assez personnel, se concentrant sur la façon dans le pauvre gars tente de faire face aux évènements, sans forcément tenter de rationaliser le bordel. De ce point de vue d’ailleurs, Andrevon ne s’emmerde pas pour expliquer les origines du phénomène zombiefique. Il l’expédie même en deux coups de cuillers à pot, mais vous vous en doutez, l’essentiel n’est pas là.

Non, outre le côté “rafraîchissant” (un terme idéal dans ce contexte) de voir des zombies errer dans la campagne française plutôt qu’aux Etats-Unis (patrie du crevard), l’intérêt du bouquin tient à la nature singulière des morts. Ici, point de cadavres putréfiés qui s’arrachent à leurs cercueils avant de se jeter sur le premier passant venu pour s’en repaître avec moults bruits de succion. Non, les “zombies” sont un poil plus complexes dans ce bouquin, ils apparaissent davantage comme des spectres qui surgissent de nulle-part et de partout à la fois, des entités qui pour une fois, semblent suivre un objectif autre que celui de la quête au steak tartare.

Mort à l’arrivée

La première partie du bouquin m’a donc franchement réjoui, je me suis senti intrigué, emballé même, jusqu’à ce que finalement, Andrevon piétine les chouettes débuts de son histoire et transforme son roman en quelque chose de beaucoup plus conventionnel. Certes, on perçoit alors un belle volonté de rendre hommage aux plus grandes oeuvres du genre (notamment Romero, voire Danny Boyle), mais l’intérêt du roman se retrouve alors dilué, perdu dans des scènes vues et revues cent fois. Même le style de l’auteur, plutôt élégant de prime abord, se fait alors plus rugueux et plus vulgaire dans cette deuxième partie. Même l’humour, marque de fabrique de l’auteur, se fait moins tranchant pour devenir presque bas du front. Il s’agit sans aucun doute d’un choix délibéré répondant à une certaine logique, mais on a alors l’impression de se retrouver face au tout-venant du roman de morts-vivants. Heureusement, le machin est relativement court et peut se lire en une journée studieuse, mais une fois l’histoire bouclée, vous aurez probablement l’impression qu’Andrevon a un peut-être bâclé le travail. Dommage car pendant quelques heures, j’ai bien cru tenir là un excellent bouquin.

 

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