[Avis] Le Sang des Fleurs, de Johana Sinisalo

Repéré jadis dans le cahier critique du numéro 74 de Bifrost, Le Sang des Fleurs n’a guère tardé à atterrir sur ma belle liseuse de nanti. Faut dire que le chronique de Thomas Day évoquait un roman de SF s’éloignant des canons du genre et titillant gaiement des thèmes qui me sont chers (non, pas nécessairement le curling). J’ai donc foncé pour finir par torcher ce court roman en à peine deux jours, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps.

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Résumé

Par flemmardise, j’étais parti pour vous livrer le quatrième de couverture tel qu’il apparaît sur le bouquin d’Actes Sud, mais à mon humble avis, celui-ci va trop loin et donne trop d’informations, au point de flinguer une partie de l’intrigue (tout comme celui de l’excellent « Problème à trois corps » de Liu Cixin). En voici donc une version tronquée et remaniée par mes soins :

Nous sommes en 2025. Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, énigme écologique apparue en 2006, s’est considérablement aggravé, au point que la plupart des pays — et les États-Unis en première ligne — doivent faire face à une grave crise agricole. Orvo, directeur d’une entreprise de pompes funèbres et apiculteur amateur, ébranlé par une tragédie familiale récente, voit ses ruches atteintes : deux d’entre elles ont été désertées. La Finlande — jusque-là épargnée — est-elle à son tour gagnée par la catastrophe ? Très préoccupé par ce phénomène, ravagé par la souffrance, Orvo oscille entre le passé, insoutenable, et un avenir encombré de nuages noirs. Navigant continuellement entre les pages du blog de son fils disparu, éco-terroriste et produit de sa propre éducation, Orvo va également faire une découverte inimaginable. Et si les abeilles étaient la clef de tout ?

Écologique, engagé, savamment agencé, aux lisières du fantastique et de la science-fiction, le nouveau roman de Johanna Sinisalo a cette force poétique qui avait fait le succès de Jamais avant le coucher du soleil.

L’auteur(e)

Née en 1958, à Sodankylä, en Laponie finlandaise, Johanna Sinisalo s’est imposée sur la scène littéraire avec Jamais avant le coucher du soleil (Actes Sud, 2003), pour lequel elle s’est vu décerner le prestigieux Finlandia Prize. En 2011, Actes Sud a également publié son roman Oiseau de malheur. Johanna Sinisalo a par ailleurs écrit deux autres romans, des nouvelles, des livres pour la jeunesse, des pièces radiophoniques ou télévisuelles, ainsi que des bandes dessinées.

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Écologique ta mère

Ce qui est appréciable dans ce bouquin, c’est que le sentimentalisme écologique un peu gnangnan auquel on peut légitimement s’attendre en est tout simplement absent. Sinisalo parvient à lier une histoire fictive, romancée, planante et intime à des inquiétudes bien réelles (et scientifiquement étayées, comme en témoigne la bibliographie présente en fin d’ouvrage), à des questionnements plus profonds sur l’avenir de l’humanité, les liens qu’elle entretient avec la terre et qu’elle s’évertue à renier avec cynisme et arrogance.

Et si la fin programmée des abeilles, souvent marginalisée par nos chers médias, contraignait une humanité aveugle à polliniser à la main ses cultures du jour au lendemain ? Un travail qu’on pourrait croire à la portée de notre fière technologie, dans les pays industriels, mais dont l’ampleur est en fait si colossale qu’il serait tout simplement impossible de le mener à bien. Et si ces insectes, si parfaits, si adaptés et pourtant si fragiles et menacés, dont on néglige constamment le rôle pourtant essentiel, nous entraînaient dans leur chute ? Autant d’idées qui ne sont hélas pas si fantaisistes que ça et que Sinisalo articule brillamment, notamment par le biais de pages entières du blog d’Eero, le fils du narrateur, reproduites telles quelles dans le roman, avec leurs faux liens et leurs commentaires rageurs auxquels tous les partisans de la cause animale se trouvent confrontés un jour ou l’autre.

Un bouquin imparfait mais passionnant

C’est peut-être cette séparation, cette alternance entre les chapitres consacrées à l’histoire et les visites sur le net qui constitue l’un des principaux défauts du roman.

Pour celui qui se moque comme d’une guigne de notions verdâtres sur le fait que l’homme est un animal et qu’il devrait faire partie d’un tout plutôt que de se hisser artificiellement au dessus au point de tout bousiller dans sa course aux billets verts et au confort immédiat, il y a de fortes chances pour que Le Sang des Fleurs n’aboutisse finalement qu’à un rejet viscéral.

Et pour celui qui s’intéresse à l’écologie (la vraie j’entends) et sa parente, la cause animale, tout ce qu’Eero balance (avec beaucoup d’élégance cela dit) est déjà connu, prouvé, rabâché quoique toujours contesté par les lobbys de l’agro-alimentaire et les Vincent Pousson. On a certes plaisir à voir le tout apparaître bien à plat devant nous, limpide et incontestable à moins de faire preuve de beaucoup de mauvaise foi, il n’en reste pas moins une petite impression de déjà-vu.

Rien de vraiment rédhibitoire cependant, puis le livre parvient quand même à véhiculer ses idées au sein d’une histoire qui vaut le coup, pour elle-même. Parce qu’Orvo est un personnage attachant, parce qu’Eero nous apprend beaucoup sur la force des convictions, parce qu’on ne sait pas jamais si on est dans du fantastique ou de l’anticipation, dans la paix ou dans l’horreur, parce que la prose est sobre, reposante. Pour toutes ces raisons, Le Sang des Fleurs mérite vraiment qu’on en aspire goulûment tout le nectar.

 

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