[Avis] Number Nine, de Thierry Di Rollo

J’aime bien Thierry Di Rollo. Le bonhomme pond souvent de la SF noire comme de la suie avec des personnages gonflés de haine et de désespoir. Une SF qui pue et qui tache mais de laquelle surgissent toutefois quelques petits éclairs d’humanité, d’autant plus magnifiques et poignants qu’ils se comptent sur les doigts d’une main de lépreux.

Peu à peu, quand mon humeur me le permet, je m’attaque donc ses productions afin de me prendre des claques. C’est donc tout naturellement que je me suis récemment penché son sur tout premier roman, « Number Nine », obtenu en version numérique auprès des éditions du Bélial pour trois kopecks et une coquille de bigorneau fendue. La lecture eut lieu pendant un trajet un train, et ceux qui me connaissent savent toute l’affection que je porte à la SNCF, j’étais donc dans des conditions optimales pour lire du glauque, du pas propre et du velu.

Et ce fut fou. Oh, je ne parle pas du bouquin, du moins pas encore, mais plutôt du fait que miraculeusement, il n’y a eu qu’une unique retard de 15 minutes à déplorer sur l’ensemble de mon trajet de six heures. Si même la SNCF ne parvient même plus à être fidèle à son modèle d’absolue médiocrité, c’est que le monde court indéniablement à sa perte.

Number 9 - Thierry di Rollo

Quatrième de couverture

Imaginez un monde où l’argent provisionné pour démanteler les centrales nucléaires obsolètes n’est plus disponible. Un monde où le chômage n’a jamais été aussi important, où l’horreur de la contamination nucléaire est quotidienne. Dans cette Europe de cauchemar, hommes et femmes tentent de survivre.

Il existe une solution absolue pour réduire le taux de radiation. Bien plus terrifiante que le mal qu’elle est censée éradiquer, cette solution gronde dans les ténèbres, pue comme un charnier ; elle a un nom, il s’agit du…

Number Nine

C’est sans jamais sentir la nécessité de ménager le lecteur que Thierry Di Rollo, influencé par Philip K. Dick et Pierre Pelot, nous raconte la cavale de ses héros à travers une Europe détruite par l’apocalypse économique ; ils iront jusqu’en Nouvelle Angleterre, là où tout a commencé.

Un roman impressionnant, presque traumatisant, comme fut en son temps le roman de K.W. Jeter Dr Adder.

Thierry_Di_Rollo_

Noir c’est noir

Alors bon, je vais rebalancer un avertissement : si vous êtes déprimé, que votre moitié vous a quitté, que l’état du monde vous rend terriblement pessimiste (y a de quoi en ce moment), que Pôle Emploi a trouvé une raison fallacieuse pour vous radier, peut-être vaudrait-il mieux reporter la lecture de Number Nine à un autre moment. Car ce qui ressort avant tout autre chose de ce roman, c’est son indéniable noirceur. Tout y est souillé, crade, malsain, corrompu. Thierry Di Rollo ne laisse aucun espoir à son lecteur. À chaque fois qu’un élément est susceptible d’apporter un brin d’espoir à son histoire, l’auteur met un point d’honneur à le pulvériser consciencieusement dans les pages qui suivent. Number Nine constitue une plongée dans l’horreur, une horreur engendrée par les hommes eux-mêmes et où la notion même “d’humanité” ne veut plus rien dire.

Nucléo-nihiliste

dark sci-fi worldLe bouquin nous offre à voir un monde perdu, une Europe recouverte d’ordures où à part quelques privilégiés retranchés derrière leurs miradors, les gens survivent dans la souffrance et le dénuement. Et sur cette terre transformée en enfer, il existe des lieux encore pires que les autres. Ce sont les sites des anciennes centrales nucléaires, des lieux de mort où les populations ont été contraintes de rester afin d’isoler sous des blocs de béton celles que le monde appelle désormais les “Défuntes”. Devenus de purs déchets réactifs ambulants, des “pollués”, ces pauvres hères sont condamnés à demeurer sur place jusqu’à leur mort, invariablement ignoble. Dès lors, parce qu’on ne peut pas prendre le risque d’enterrer ces cadavres radioactifs, il faudra les brûler ou les faire traiter par Number 9, selon la case qu’ils auront coché sur un formulaire de leur vivant.

Quoi d’neuf ?

On suit un bonhomme affecté à l’une de ces zones, qui par désœuvrement et parce qu’on lui promet un salaire indécent, se retrouve à faire la sale besogne. Je vous laisse découvrir par vous même la nature de Number Nine, mais sachez que ce n’est pas très propre. Number Nine est un symbole, celui de notre propre folie, et son spectre est présent à chaque page. C’est là la plus grande force du bouquin qui souffre quand même de pas mal de petits défauts de ‘jeunesse”. L’intrigue y apparaît en effet tirée par les cheveux et souffre de quelques incohérences. De même, en dehors des deux personnages principaux, les plupart des protagonistes font plutôt figure de stéréotypes sur pattes : des routiers crados, du génie taré, du capitaine de navire imbibé d’alcool.

Reste un road-trip captivant qui se déroule sous les yeux d’un narrateur plus spectateur qu’acteur et qui se conclut comme il se doit, dans l’horreur et la vacuité. Enfin, si le style n’est pas toujours exceptionnel, certains passages, souvent les plus noirs et les plus désespérés, ont une grande force évocatrice. En ce sens, même s’il existe sans doute mieux à lire, ce court roman m’a vraiment plongé dans un ailleurs cohérent et effrayant.

« Number 9 » représente sans nul doute une excellente prise de contact avec un auteur particulièrement brillant.

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