[Avis] Perihelion Summer, de Greg Egan

Je ne connais pas grand chose de Greg Egan mais pour une fois je ne suis pas complètement sec non plus. Pas de quoi étaler ma science toutefois. Tout ce que je sais du bonhomme, je le dois surtout au numéro de Bifrost qui lui a été consacré  (le 88, si Google ne m’abuse pas). Mais comme ma lecture dudit numéro date un peu, je me contenterai ici de quelques infos grossières :  Greg Egan est australien, il est donc sans doute surfeur et aime visionner Crocodile Dundee au moins une fois par semaine. Greg Egan est très secret et n’aime pas les interviews si bien qu’il a même envoyé paître les gentils auteurs de Bifrost. Il est très donc très très méchant. Greg Egan mange de l’herbe, de la salade, sans doute des algues et de l’eucalyptus. C’est un vil matheux et il est informaticien de profession.

perihelionsummer_greg egan

Enfin – et c’est tout à fait accessoire – beaucoup de gens le considèrent comme le pape de la hard SF. Une dernière affirmation que je suis bien en peine de partager pour l’instant pour la simple et bonne raison que je n’ai lu qu’une poignée de nouvelles issues de sa plume ainsi que “Cérès et Vesta”, une chouette novella publiée au sein de la collection “Une Heure Lumière”. Quant à “Perihelion Summer” qui fait l’objet de la présente critique, il s’agit certes de SF mais sans “hard” et sans papamobile.

Résumé perso

Ce court roman n’étant disponible qu’en anglais à l’heure où je pose mes petits doigts boudinés sur mon beau clavier de nanti, vous allez donc devoir vous coltiner un résumé maison, entièrement bruité à la bouche et parfumé à l’anus. Mes excuses par avance.

Sur Terre, dans un futur proche, c’est la foire au pâté. Ou tout du moins, c’est en passe de l’être. Effectivement, un gros trou noir double baptisé “Taraxippus” (qui dûment googlé relève apparemment de la mythologie grecque où il consiste en un fantôme qui fichait la frousse aux chevaux lors des courses hippiques, provoquant moult carambolages, insultes et constats mal remplis) s’apprête à traverser le système solaire. Le bousin possède une masse égale à un dixième de celle du soleil, et si sa trajectoire précise n’est pas connue au début du texte, une chose est certaine : c’est un gilet jaune cosmique et il vient foutre la merde.

two black holes

Car s’il ne tombe pas directement sur notre pauvre petite planète bleue déjà bien malmenée par nos propres conneries, son passage risque bien d’avoir des conséquences terrifiantes sur le climat. En effet, l’épouvantail à canassons cosmique risque bien de modifier l’orbite de la Terre par rapport au soleil, d’où le “Périhélie” du titre. Le terme désignant ici le point de l’orbite où la Terre se trouve au plus près du soleil. En bref, ça va sentir le cochon grillé et la chaussette sale à brève échéance puisqu’il sera vite question d’une augmentation de la température de près de 15 degrés celsius en été et d’une violente diminution en hiver dans l’hémisphère sud.

C’est dans ce contexte de fin de civilisation potentielle que l’on fait la rencontre de Matthew Fleming et de ses potes. Matt est lui aussi australien (personne n’est parfait) et il travaille depuis déjà quelques années à l’élaboration d’une plateforme flottante autosuffisante, sorte de ferme piscicole mobile. Le “Mandjet”, puisque c’est le nom de l’engin, vise à devenir une sorte de refuge pour une poignée de survivants face à l’inéluctable montée du niveau des océans…

King of the Pope

Speeding popeQuand je disais en intro que l’aspect hard-SF n’était pas vraiment le principal attrait du bouquin, je ne déconnais point. En effet, Egan évacue viteuf les pérégrinations cosmiques du trou noir pour se concentrer sur des considérations plus humaines et sur l’impact qu’une catastrophe écologique majeure ne manquerait pas d’avoir sur nos fragiles civilisations. Attention, sur le principe, je ne vois pas là un défaut puisque pour ma part, vingt pages d’envolées mathématiques sur l’hypothétique nucléisation d’un pulsar biphasé à double valvules neutroniques ionisantes à poil ras, ben c’est pas ma came. Non, “Perihelion Summer” est tout à fait accessible au profane, mais du coup, notre cerveau est bien plus à même de se montrer critique vis-à-vis du scénar, du style et des personnages.

Un livre Eco-friendly pour les climato-fosse-septiques

Sur cette Terre tourneboulée, le drame va donc toucher Matt et ses potes de manière un poil indirecte. En effet, s’ils ne seront frappés de plein fouet par des soucis de bouffe et de clim défaillante, reste qu’il faudra bien prendre une décision sur le rôle du “Mandjet” dans cette apocalypse climatique. Doivent-ils rester loin de tous les troubles et se la couler douce en mer (mais pas trop couler quand même), quitte à abandonner leurs proches à leur triste sort en passant ? Tenter de sauver ceux qui peuvent l’être malgré les risques ? Voire montrer le chemin à des foultitude de migrants désireux de se rendre, au péril de leur vie, en des latitudes moins touchées ? Autant de questions soulevées par Egan.

climate change cartoon“Perihelion Summer” est donc un texte engagé et relativement pessimiste. Le dérèglement climatique et ses conséquences ne sont ici contrebalancées que par des solutions locales, des “solutions” qui n’en sont pas puisqu’elles ne visent évidemment qu’à l’adaptation et à la survie. Point de retour en arrière possible. Bref, impossible de ne pas saluer l’auteur pour sa démarche, sa volonté de faire de la SF qui parle à notre présent, vise à alerter en prenant aux tripes. De la vraie SF quoi, au sens noble de l’expression. Sauf que justement, ça ne prend pas aux tripes. Sans donner l’impression de lire un tract militant, le fait est qu’en tant que roman “Perihelion Summer” n’est pas une franche réussite. Cela tient tout d’abord à des personnages pâlots, supplantés par l’énormité des événements. Cela relève aussi du style d’Egan, un peu trop clinique à mon goût, un peu trop plat. Oui, rien à dire, c’est d’une grande clarté, mais pfiouuu, que c’est froid ! Et conséquence logique : on se désintéresse un peu trop du sort des personnages, et ce même lorsqu’ils sont sur le point de tout perdre.

Bref et brefle, “Perehelion Summer” ne fera sans doute pas partie des incontournables de Greg Egan. Reste une lecture intéressante et nul doute que je m’attaquerai un jour à ses autres productions. A l’inverse de la Terre qu’il met en scène, moi, j’suis pas encore tout à fait refroidi.

D’autres avis ? Oh oui !

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