[Avis] Anatomie de l’horreur – Stephen King

Depuis le temps que je tournais autour, voilà que je me suis enfin attelé à la lecture d’ “Anatomie de l’horreur”, du délicat et raffiné Stephen King. Faut dire que même si ça ne restera sans aucun doute qu’une envie brumeuse et un rêve vaporeux (et inversement), je chéris toujours l’idée d’écrire moi-même une histoire, un jour. Et du coup, les livres qui me permettent de pénétrer un tant soit peu dans l’intimité (voire l’anatomie) d’unAnatomie de l'horreur - Stephen King auteur revêtent toujours pour moi une saveur particulière. Cela dit, notez bien qu’ “Anatomie de l’horreur” n’a pas la même vocation que l’indispensable “Ecriture : mémoire d’un métier” du même King qui, lui, aborde bien sûr le processus créatif en tant que tel. Ici, il est davantage de question de brosser un portrait de l’horreur en tant que genre, des années 30 aux années 80. “Pourquoi une période aussi lointaine ?” vous demandez-vous sans doute, les sourcils froncés, une moue narquoise fichée sur votre visage disgracieux. Ben parce qu’“Anatomie de l’horreur” n’est pas à proprement parler une production récente de Stephen King, contrairement à ce que le grand format et le prix affiché dans votre librairie préférée laissent pourtant croire. En fait, le machin est une version revue, corrigée et augmentée de “Danse Macabre”, bouquin publié en 1980 alors que King n’était pas encore le monument que nous connaissons aujourd’hui. Diantre, fichtre et mortecouille, on m’aurait menti ?!

Quatrième de couverture

« Nous nous réfugions dans des terreurs pour de faux afin d’éviter que les vraies nous terrassent, nous gèlent sur place et nous empêchent de mener notre vie quotidienne. » Stephen King

Depuis Carrie jusqu’à Sleeping beauties, Stephen King, l’écrivain à l’imagination débordante et à l’inégalable talent de conteur, a redéfini le genre de l’épouvante et du fantastique. Qui mieux que lui pouvait disséquer la structure, les origines, les influences de ce phénomène qui constitue la matière première de son oeuvre ?

Sur le ton d’une conversation effroyablement drôle et enrichissante, Stephen King nous révèle son monde secret – son enfance, ses premières terreurs, ses idoles… – et dessine les grandes lignes d’un univers fascinant qui fait partie de notre patrimoine, du Projet Blair Witch à L’Exorciste en passant les romans de Ray Bradbury ou de J.G. Ballard.

Un essai culte, couronné par le prix Hugo, le prix Locus et le grand prix de l’Imaginaire, dans une nouvelle édition revue et enrichie de deux préfaces inédites de Stephen King.

Stephen King a écrit plus de 50 romans, autant de best-sellers, et plus de 200 nouvelles. Couronné de nombreux prix littéraires, il est devenu un mythe vivant de la littérature américaine (médaille de la National Book Foundation en 2003 pour sa contribution aux lettres américaines, Grand Master Award en 2007 pour l’ensemble de son oeuvre). En février 2018, il a reçu un PEN award d’honneur pour service rendu à la littérature et pour son engagement pour la liberté d’expression.

Autopsie de l’horreur ?

Le corps du bouquin date donc peu ou prou de 40 ans et ne prétend pas fonctionner comme un guide exhaustif du genre. Non, l’optique était de proposer un joli petit essai sur l’horreur, sur ses ressorts, ses caractéristiques, ses réussites et ses ratages. King s’était donné pour mission d’examiner la place qu’occupait alors ce mauvais genre dans la culture populaire américaine. Par conséquent, le bouquin aborde aussi le cinéma, CARTOON-Frostys-Autopsyla télé, la radio et les comics que les romans. On se laisse donc entraîner au gré du vent et des associations d’idées de King en ces étranges contrées, quitte à se paumer de temps en temps, notamment lors d’agréables petits intermèdes autobiographiques. Pour autant, le livre n’est pas déstructuré malgré son air foutraque et ses nombreuses digressions, mais il fait souvent référence à des œuvres anciennes et non traduites qui n’évoqueront pas grand-chose au lecteur contemporain. Reste que le propos est toujours intéressant et qu’on ressort de chaque chapitre avec quelques trucs qu’on aimerait bien découvrir à l’occasion. Bref, “Anatomie de l’horreur” relève parfois plus de l’autopsie que de l’anatomie. Le livre sent un peu la naphtaline et la vieille charogne, comme certains de mes collègues (bonjour Loïc !), mais une fois la poussière dégagée, on en est pour quelques belles surprises.

Mon Dieu, il est derrière toi ! Lâche cette savonnette !

Au rayon des passages vraiment cool, on pensera surtout aux analyses fines et personnelles des romans séminaux du genre. Vous allez donc bouffer (et redemander) des infos, anecdotes et perspectives ébouriffantes sur “Frankenstein ou le Prométhée moderne” de Mary Shelley (que je vais donc lire), sur le “Dracula” de Bram Stoker (que j’ai récemment découvert et adoré) et sur “L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde” de Stevenson (lui aussi dans ma PAL). Trois romans essentiels dont King soutient que toutes les œuvres d’horreur suivantes n’ont fait que décliner les principes. J’admets avoir été scotché par l’évidence apparente de cette thèse, développée avec humilité et érudition par le maître de l’horreur. Ainsi, sans trop déflorer le plaisir de la découverte, King envisage par exemple le personnage de Mr Hyde comme l’archétype duquel découlent toutes les représentations modernes du loup-garou.

Chucky.jpg

Nul doute que vous kifferez aussi les chapitres sur d’autres romans plus récents (jusqu’aux années 80 donc, pour les deux glands qui n’ont pas suivi), censés justement apporter quelque fraîcheur au genre. De quoi, là encore, faire gonfler de manière indécente la Pile à Lire de l’amateur, tel le sexe turgescent de Rocco Siffredi en pleine saillie télévisuelle. Citons pêle-mêle “Ghost Story” de Peter Straub (hop, sur le Kindle !), “La maison d’à côté” d’Anne Rivers Siddons, “L’invasion des profanateurs” de Jack Finney ou encore “Rosemary’s baby” d’Ira Levin.

Vous en voulez engore ?

Tout cela est bel et bon (comme votre humble serviteur), mais tout n’est pas rose au pays de l’hémoglobine et des appendices tronçonnés. Comme je l’ai déjà évoqué, “Anatomie de l’horreur” aurait tout de même grandement gagné à être véritablement mis à jour, mais hélas, on devra se contenter d’une trentaine de pages inédites, une jolie préface du Stephen King d’aujourd’hui. C’est cool, ça met l’eau à la bouche et on ne peut s’empêcher de penser que le boss de l’horreur aurait des choses géniales à nous raconter sur les dernières évolutions de son genre de prédilection. Ben non, podzob, rien, nada, bernique, oualou ! Dommage car “Anatomie de l’horreur” aurait alors franchement relevé de l’indispensable.

Un autre avis ?

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