[Avis] Le signal – Maxime Chattam

Je n’avais encore jamais tenté de lire du Maxime Chattam. Vous savez, c’est comme quand on habite près d’un monument célèbre ou d’un attrape-touristes : on connaît nécessairement mais on n’y met jamais les pieds. On mate sans voir et on s’en fout un peu. Parfois, on va même jusqu’à se moquer de ces clampins qui s’entassent pendant des heures dans une file d’attente longue comme l’appendice vengeur d’une star du X. Cette fois cependant, une conversation avec un collègue hirsute (lui aussi bien pourvu me dit-on) m’a fait m’intéresser à ce roman d’horreur censé rendre hommage aux cadors du genre : Richard Matheson, H.P. Lovecraft et surtout Stephen King. Rien que ça ! Avouez que là déjà, on fanfaronne moins ! Noble ambition et gros pari ! Couillu le monsieur ! Reste maintenant à voir si ces belles promesses mènent effectivement quelque part.

Résumé éditeur

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls.

Un havre de paix.

Du moins c’est ce qu’ils pensaient….

Meurtres sordides, conversations téléphoniques brouillées par des hurlements inhumains et puis ces vieilles rumeurs de sorcellerie et ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents…..

Comment le shérif dépassé va-t-il gérer cette situation inédite?

Ils ne le savent pas encore mais ça n’est que le début…

Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

Bouh badaboum !

Et bim, en v’là un beau résumé avec des points de suspension, des points d’interrogation, du champ lexical qui fait peur, du mystère en veux-tu en voilà et du gros teasing qui tâche. On sent bien qu’on est pas là pour enfiler des perles et gober des mouches. Albin Michel (qui va bien d’ailleurs, merci pour lui) ne mâche pas ses mots. Il se la joue bande-annonce de blockbuster hollywoodien et nous promet de la tripaille, du macchabée, de recoins tout noir qui puent le moisi et les vieux sous-vêtements de SDF. Et mine de rien, tout ce qu’on nous vante sur ce quatrième de couverture tonitruant est bien présent au menu. À bien des égards, “Le Signal” ressemble à un joyeux pot-pourri de tout ce que la littérature d’horreur nous a jeté au visage pendant près d’un siècle.

Le-signal_Maxime ChattamJugez plutôt : la famille Spencer rassemble déjà une grosse tripotée de protagonistes qu’on dirait tout droit sortis d’un roman de King. Le papa écrivain en panne d’inspiration, la maman parfaite qui se transforme en lionne pour protéger les siens, le bébé innocent et vulnérable et deux jeunes ados débrouillards qui trouveront en eux des ressources incroyables pour affronter l’indicible. Oh et j’oubliais, il y a aussi le chien de la famille, un peu feignant, un peu flipette mais dont la truffe de compétition et la nature animale lui permettent de voir venir l’orage qui s’avance. La galerie des hommages/reprises ne s’arrête pas là : on a aussi le jeune flic au passé vaguement trouble, son chef misogyne et débile, d’autres ados qui vont former une bande de winners avec les enfants des Spencer, la baby-sitter canon et enfin la grosse brute mal dégrossie qu’on imagine, comme souvent chez King, se faire l’instrument du mal à un moment ou à un autre.

Pour terminer, l’autre personnage phare ne pouvait être que la ville imaginaire de Mahigan Falls. Plantée sur la côte est des Etats-Unis et entourée de hautes collines boisées difficiles à franchir, Mahigan Falls est tout ce qu’on peut imaginer de la petite bourgade américaine tranquille. Tout le monde se connaît, il y fait bon vivre, les flics se contentent de dresser des contraventions et d’engueuler les mamies qui ne ramassent pas les déjections de leur caniche. Par contre, je ne vous surprendrai pas en vous disant que la ville est supposée se situer à quelques kilomètres d’Arkham et son bel asile d’aliénés mais aussi de Salem (célèbre pour ses méchouis de sorcières et ses puritains bourrins). Bref, on sent bien que Chattam s’est fait plaisir.

Cela dit, en relisant ces quelques lignes, je me sens vaguement critique, voire condescendant, mais en fait j’avoue que tout cet attirail m’a fait me sentir un peu comme à la maison, comme si j’enfilais mes vieilles charentaises horrifiques, celles que ma lapine a rogné mais qui restent pourtant indispensables à mon confort.

La foire aux monstres

Le décor étant posé, Maxime Chattam déploie alors un récit bien ficelé, solide de bout en bout et qui dans l’ensemble se laisse lire avec plaisir. Les personnages sont assez réussis et s’ils semblent perclus de clichés, je crois que c’est le résultat d’un choix créatif délibéré. Chattam s’amuse au contraire avec les protagonistes types de ce genre d’histoires d’horreur. Du coup, je me suis quand même trouvé un poil déçu de ne pas voir poindre un petit grain de folie de temps en temps, à une exception près. Dans l’ensemble, et ça je ne le nierai pas, le texte s’avère un peu trop sage pour emporter pleinement l’adhésion.

Maxime Chattam

Maxime Chattam

Un constat que l’on peut hélas également appliquer aux scènes d’épouvante. Comme je l’écrivais plus haut, “Le Signal” fait un peu office de pot-pourri horrifique. Et force est de reconnaître que Maxime Chattam a ratissé large en matière de folklore nocturne. De la dame blanche en passant par les épouvantails tueurs gorgés d’asticots juteux, les sorcières et les enfants démantibulés, tout est là. Et plutôt que d’avoir peur, on se prend à relever les références. Tiens, ça c’est “L’exorciste”. Là, c’est plus “Ça” de Stephen King, avec les paroles inquiétantes qui sortent des canalisations (et une multitude d’autres références tirées du chef-d’oeuvre de King, apparemment première source d’inspiration de l’auteur). Hop, là ça ressemble vaguement à “La Lettre Écarlate” de Nathaniel Hawthorne. Au final, de tout le bouquin, une seule scène m’a dérangé et il y est question de baignoire et de rasoirs. Beurk. Bref, ça bouffe (de la tripaille) à tous les râteliers si bien que la peur est très diluée par l’avalanche, du moins pour le lecteur qui tâte un peu côté fantastique.

Enfin, si je ne me suis pas ennuyé une seconde, on décèle rapidement un rythme bien précis et au final très prévisible : l’alternance quasi mathématique de scènes d’horreur pure avec des moments plus calmes de vague tension. “Le Signal” est bien foutu, bien ficelé, très bien écrit (stylistiquement parlant), conçu avec beaucoup de professionnalisme et il ronronne comme un moteur parfaitement réglé auquel, finalement, manque de violents à-coups, des accélérations brusques, de la roue libre, du chaos quoi.

Anne Roumanoff

Anne Roumanoff (aucun rapport mais je trouve qu’on en parle pas assez)

Attention, quitte à radoter encore (je suis du mauvais côté de la trentaine désormais), malgré les commentaires haineux et quelques critiques assassines que j’ai pu lire ici et là, je trouve donc que Chattam s’est acquitté de son boulot avec une certaine réussite. “Le Signal” est une lecture tout à fait recommandable mais il est certain que les amateurs du genre se concentreront davantage sur ses défauts que sur ses nombreuses qualités. Vous voilà averti.

Un autre avis ?

Chez Mélie Grey

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