[Avis] A plague tale : Innocence

Par les temps qui courent, rares sont les jeux vidéo que je prends le temps de terminer. “A plaque tale : Innocence” est de ceux-là. Peut-être est-ce dû à mon lourd passif d’adolescent au visage rongé par l’acnée, ou bien encore à mon affection particulière pour toutes les bêtes à poils, que sais-je ? Reste que j’ai été très intrigué en découvrant une vidéo promotionnelle de ce titre made in France. Il semblait y être question d’un duo de gamins, une ado et son jeune frère, jetés dans l’horreur d’une épidémie de peste dans une France médiévale qui sentait bon le cochon grillé, le tout saupoudré de mystère et de vils assassins en armure qui tuent et étripent au nom de l’Inquisition. Pas de doute, il y avait là de quoi m’appâter.

Résumé du développeur

1348. Le fléau de la peste ravage le Royaume de France. A travers les villages dévastés par la maladie, Amicia et son jeune frère Hugo tentent de fuir l’inquisition lancée à leur poursuite. Sur leur route, ils devront joindre leurs forces à celles d’autres orphelins et survivre à des hordes de rats, par le feu et la lumière. Grâce au lien qui les unit, les enfants affronteront les jours les plus sombres de l’Histoire pour échapper au destin funeste de leur famille. L’aventure commence sur consoles et PC – Le temps de l’innocence prend fin…

Tiens, voilà des bubons

Bon, vous l’avez compris, avec “A plague Tale : Innocence ”, on n’est pas franchement parti pour se marrer et avaler de brochettes de fraises Tagada. L’univers pondu par les bordelais d’Asobo – passé les premières cinq minutes à la douceur toute relative – ne va s’évertuer qu’à faire s’enchaîner les pires horreurs imaginables. Car qui dit peste, a plague tale innocence 1dit villages glauques aux bicoques condamnées, monceaux de cadavres pourrissants, innommables charniers et autres bûchers où l’on crame ses voisins morts. Honnêtement, je n’ai plus guère envie de me livrer à une critique des familles et j’entends simplement parler ici de ce qui m’a emballé dans ce jeu. Et au premier rang des réussites du soft figure sans conteste son atmosphère. Certes, techniquement parlant, on sent bien que les développeurs n’avaient pas des moyens extraordinaires, mais la direction artistique est un modèle du genre : les panoramas sont élégants, le ton et les couleurs sont sublimes, les détails foisonnent sans noyer le regard. C’est sobre mais classe (comme moi en somme). Et que dire de la musique pondue par Olivier Derivière (“Remember Me”, “Vampyr”) ? Là encore, on fait mouche (à viande) : tantôt doucereuse ou nostalgique, toujours discrète, elle enveloppe si merveilleusement bien le soft qu’on se retrouve au final devant un tableau d’une rare cohérence. En somme, si le jeu ne brille pas vraiment pas son gameplay, Asobo a tout mis en oeuvre pour soutenir le véritable point fort du jeu : ses héros.

Hugo délire

Comme son titre le laisse entendre, du moins auprès des brillants anglophones anglophiles que vous êtes forcément, “A plague tale : Innocence” a surtout pour objectif de nous raconter une histoire : celle d’Amicia de Rune et de son jeune frère Hugo, tous deux lâchés sur les routes de France après que leur famille ait été massacrée par l’Inquisition. Ben ouais, les grands tarés fanatiques veulent mettre la main sur le moutard, sans qu’on sache trop pourquoi, et ils trucident à tour de bras pour parvenir à leurs fins.

Ce qui est chouette, c’est qu’Amicia et Hugo n’ont pas exactement le profil du duo de choc. Hugo, du haut de ses 5 ans, est petit et fragile, sa mère l’ayant isolé du monde (et de sa sœur) en raison d’un mal mystérieux qui lui court dans les veines et lui cause de a plague tale innocence Amicia Hugoterribles crises. Amicia est quant à elle une adolescente de 14 ans qui, en tant que noble, n’a pas forcément été trop confrontée à la “vraie vie” non plus. Bref, les deux héros sont des étrangers l’un pour l’autre et ils semblent de prime abord complètement inadaptés aux épreuves qui les attendent, à cette fuite désespérée pour la survie dans un monde envahi de tueurs patentés, de cadavres noircis et de nuées de rats en maraude. Dès lors, le jeu va s’évertuer à faire grandir ces deux protagonistes, il va s’efforcer de donner corps à une vraie relation fraternelle, un lien forgé par l’horreur et le danger, mais aussi à travers les rares accalmies entre deux catastrophes. Et là où on aurait pu craindre du pathos moisi, des cinématiques larmoyantes et gorgées de bons sentiments et de mièvrerie, “A plague tale” tisse sa toile familiale par petites touches, par un regard ou par une réflexion naïve d’Hugo. Et le charme d’opérer petit à petit, malgré nous. Sans y prendre garde, tout comme Amicia, on est souvent déchiré et on cherche à épargner “notre” petit frère, quitte à être contraint à la violence ou à un acte cruel (à noter par ailleurs l’ambivalence de quelques passages). Bref, de ce point de vue, “A plague Tale : Innocence” constitue une sacrée réussite.

Du café s’infiltre

Côté gameplay, “A Plague Tale : Innocence” est certes ingénieux, mais il ne casse pas trois pattes à un bigorneau asthmatique non plus. Jeu d’infiltration light, le bébé boutonneux d’Asobo ne nous invite en fait qu’à traverser un immense couloir, bien mis en scène certes, mais un couloir tout de même. Aussi costauds que des pretzels, Amicia et a plague tale innocence 2Hugo n’ont qu’une option pour survivre : se glisser entre les pattes des méchants soldats de l’Inquisition et tenter de naviguer entre des tétrachiées de rats qui ne craignent qu’une chose : la lumière. Et donc, nous voilà partis pour attirer l’attention des gardes en balançant un pot de fleur au loin et en passant de buisson en buisson dans leur dos. Lesdits gardes sont franchement mous du ciboulot et, Moyen-Âge oblige, sont pour la plupart atteints de cataracte et sujets à de terribles troubles auditifs. Le jeu est donc terriblement permissif et ce, même si Asobo nous impose toujours de devoir gérer Hugo. Le joueur contrôle effectivement Amicia, qui a la possibilité de laisser son frère en arrière mais qui ne doit pas trop s’en éloigner sous peine de le voir paniquer et ameuter la garde. Or si cette mécanique pouvait être mise à profit pour ménager de bons gros moments de tension, Asobo n’en a pour ainsi dire rien fait. L’essentiel du jeu peut-être traversé sans difficulté en tenant le môme par la main, littéralement. Permissif donc, ce qui n’est pas forcément un mal, entendons-nous bien, puisque l’intérêt principal du jeu réside plus dans son histoire, comme je le disais plus haut. 

Pour autant, “A Plague Tale : Innocence” n’est ni chiant, ni avare en petites trouvailles de gameplay. Ainsi, si Amicia ne dispose que d’une fronde pour se défendre et progresser tout au long de l’aventure, elle va toutefois apprendre à concocter une petite série de projectiles aux effets variés. Le principal usage de la fronde, outre le dégommage de A-Plague-Tale-Innocence 3nombreuses chaînes – toujours mises en surbrillance – pour faire tomber des caisses ou péter des cadenas, sera d’allumer ou d’éteindre les feux ou les torches (oui, même celles que les gardes trimballent) pour repousser ou attirer rats. Plus tard, on pourra faire fondre les casques des soldats avec de l’acide, histoire de les rendres légèrement plus réceptifs à un gros caillou dans le crâne. Globalement, ça marche bien mais il est dommage que chaque nouveauté ne soit finalement utilisée que pour une poignée de situations tout au plus. Le jeu est bref et facile, ce qui fait qu’il n’incite pas vraiment à se creuser les méninges ou à mettre à profit l’arsenal d’Amicia de manière élaborée ou originale pour progresser. En général, deux trois cailloux et une torche éteinte et hop, on est passé. Certes, gérer les rats est assez grisant et fait parfois tendre “A tale plague” vers le puzzle game gentillet, mais la base reste très dirigiste et simpliste. 

Des défauts, “A plague tale : Innocence” en a donc plein. Mais son format ramassé et son gameplay baba cool efficace lui évitent de diluer son propos et de nous détourner de son coeur battant : ses deux héros, ses deux mômes plongés dans l’horreur qui perdent tout pour mieux se trouver.

Une réponse sur « [Avis] A plague tale : Innocence »

  1. Ping: [Avis] Rage 2 – Canal Hurlant

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