[Avis] Les nefs de Pangée – Christian Chavassieux

En ces sombres heures de dérèglement climatique et de canicule potentielle, j’ai décidé de respecter scrupuleusement les conseils avisés des autorités compétentes. Planqué à l’ombre d’un frigo américain, des canettes de bière fraîche bien calées sous les aisselles, les pieds dans un bidet rempli de glaçons et un ventilateur braqué sur mon torse puissant, j’évite avec encore plus de soin que d’habitude de fournir le moindre effort physique. En fait, ce n’est pas tout à fait exact, avant de me trouver dans cette position, j’ai tout de même sollicité mes glorieux muscles pour extirper “Les nefs de Pangée” de mon étagère. Et ce ne fut pas une mince affaire puisque le bouquin de Christian Chavassieux est un sacré pavé. 

Résumé éditeur

Pangée, terre immense au milieu de l’océan unique, continent de terre sèche et d’embruns où vit le peuple de Ghiom, dont l’histoire, en ce jour de la dixième chasse à l’Odalim, bascule. Les Grands de Pangée ont parlé : le monstre marin doit mourir. Pour la paix. Pour l’ordre. Pour la promesse d’une nouvelle ère faste à venir, dans ce monde rongé par les mésalliances et les guerres fratricides. Pourtant, quand les Nefs s’engagent sur l’Océan, une seule question demeure : si la traque échoue, si l’Odalim survit, si l’union faillit, les enfants de Pangée se dévoreront-ils ? Cette dixième chasse ne serait-elle alors qu’un chant du cygne ?

Les nefs de pangée - Christian Chavassieux

Avec sa plume vive et sensuelle, dans des décors aux dimensions hallucinantes, Christian Chavassieux nous propose un lyrisme nouveau et un voyage inoubliable, sur terre et sur mer. Une flambée d’émotions, un récit de batailles, d’aventures et de perdition.

Un gros pavé dans la mare

Sur Pangée, immense supercontinent, on aime bien se mettre sur la tronche. Mais depuis une dizaine de cycles (un cycle représentant 25 ans), les différentes nations ont trouvé une raison d’unir périodiquement leurs forces et de mettre leurs vieilles rancunes de côté. Quoi de mieux en effet que de faire front commun, de rassembler toutes les PlanetOceanressources du continent pour construire d’immenses navires de guerre et d’aller buter du monstre marin ? Pour la gloire, la beauté du geste mais aussi pour des raisons religieuses et culturelles. En gros, il s’agit d’affirmer la supériorité de Pangée sur l’océan. Et si en plus, on peut continuer à exterminer les Flottants au passage, eh bien autant en profiter. Race placide et manifestement primitive de bestioles vivants sur des îles dérivant au gré des courants, les Flottants sont un bonus bienvenu. Reste qu’aller dégommer du léviathan est tout sauf une partie de plaisir, comme en témoigne l’entrée en matière du bouquin : le piteux retour des restes malmenés de la 9ème chasse, défaite par le monstre. Réussir la 10ème chasse est donc impératif, sous peine de voir Pangée s’entredéchirer à nouveau pendant un cycle. D’autres enjeux vont en outre se greffer à cette chasse si bien que Pangée va bien entendu se retrouver à un tournant de son histoire. C’est mieux pour mettre du sel (marin) à cette histoire. C’est ainsi que Christian Chavassieux nous entraîne dans un récit épique où les destins individuels vont évidemment contribuer à changer l’avenir de Pangée.

Le lecteur fait ainsi la rencontre de Logal Anovia, deuxième fils d’une des familles majeures de Basal, ville la plus puissante de Pangée et siège des immenses chantiers de construction des fameuses nefs. Logal a dans un premier temps pour tache d’assister des oracles censés dénicher le prochain commandant de la 10ème chasse. Et l’auteur, à travers ce périple, de dépeindre les us et coutumes d’une terre fascinante d’étrangeté. En plus de Logal, on fera aussi la connaissance de Hammassi, une orpheline qui se verra chargée de rapporter et de consigner tous les événements de la chasse pour la postérité. On passera aussi du temps avec le “Préféré”, frère aîné de Logal, dont les ambitions vont vite s’affirmer…

Les nefs en pelote

Mais le véritable sujet des “Nefs de Pangée” est en fait celui d’un bouleversement civilisationnel. Le texte fourmille de détails sur la culture et le fonctionnement des différentes régions de Pangée mais ces détails ne vous tomberont pas tout cuits dans le bec. L’auteur préfère présenter certains concepts comme allant de soi, quitte à ne donner des explications détournées que plusieurs dizaines (ou centaines) de pages plus loin. Si vous n’aimez pas être perdu, “Les nefs de Pangée” risque bien de vous faire bisquer de rage. Reste que peu à peu, les pièces du puzzle s’assemblent pour former un tableau cohérent d’une écrasante richesse. Langue, culture, géographie, croyances, économie, tout y passe. Pangée est une et multiple et s’il est un fil rouge, c’est peut-être l’idée que tout dans cet univers est sur le point de basculer. Et en effet, peu à peu, arrive ce qui doit arriver : l’équilibre se rompt et Pangée se met à convulser, tel l’Odalim qui, par bien des aspects, est le reflet du supercontinent.

les nefs de pangée

Or, pour nous faire goûter à l’évolution de son monde foisonnant et superbement décrit, Christian Chavassieux n’hésite pas à faire de considérables bonds dans l’avenir, expédiant ainsi quelques années de la vie de nos personnages en une ligne ou deux. On sent l’incroyable ambition de l’auteur et on est parfois soulevé par un véritable souffle épique. Oui, sauf qu’on se sent aussi étrangement extérieur au destin de Pangée. Les personnages restent tous très froids et le bouquin, pourtant génial à de nombreux moments, n’est presque jamais parvenu à me faire ressentir quelque chose, à l’instar d’un blockbuster hollywoodien sans âme bourré d’effets spéciaux. L’alternance entre le récit de la 10ème chasse et les manœuvres politiques à terre y est peut-être pour quelque chose. Car malgré de jolis twists, l’auteur n’a jamais réussi à me happer dans son texte, du fait de l’étrangeté de ses protagonistes d’une part et de la vacuité de leurs états d’âme d’autre part. Je comprends bien l’envie de l’auteur de mettre en scène des personnages qui tout en souhaitant ardemment changer le monde, le perpétuer ou simplement s’y faire une place, se trouvent finalement dans la position de feuilles mortes ballottées par le vent du changement. Oui, je comprends bien, mais cela n’en aboutit pas moins à quelque chose d’aussi beau que clinique. Chronique plus que roman, “Les nefs de Pangée” balaie l’intime au profit de l’épique, mais à mon sens, il y perd une grande partie de son charme. Reste un bouquin résolument grandiose du fait de son échelle (aussi bien temporelle que géographique) et qui mérite vraiment d’être lu !

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