A Song of Ice and Fire – Le jeu de figurines

Jadis, en des temps reculés, alors que mon visage ingrat n’était encore qu’une aire de jeu pour une colonie de comédons, je fis une improbable rencontre. Perdu dans une maison de la presse, tentant sans nul doute de reluquer l’inaccessible étagère des revues pornos, une main dans le pantalon et l’autre fourrageant avec entrain dans mes trous de nez, je tombai alors sur un exemplaire de “White Dwarf”, le magazine/catalogue des jeux de figurines de Games Workshop. J’étais alors loin de me douter de l’impact de cette découverte fortuite.

En effet, pendant ces tendres années de collège, tandis que j’exaspérais mes profs par ma fainéantise et ma nullité crasse (big up à Madame Gaubert), j’appris pourtant avec assiduité l’histoire des races du monde de Warhammer et interprétais à ma manière les copieuses règles du jeu, entraînant dans ma chute un certain nombre de camarades. Depuis lors, même s’il m’est arrivé de m’adonner à d’autres passions, je suis toujours revenu – avec plus ou moins de conviction – au petit monde des jeux de stratégie avec figurines. J’ai testé d’autres trucs, fait des excursions dans le monde de Warhammer 40.000, d’Epic, de Gorkamorka (si si !), de Blood Bowl, de Warzone et d’Infinity. Toujours en dilettante certes, mais chaque fois avec amour et candeur. Ceci étant, même alors, au fond de mon petit coeur couvert de taches de son, Warhammer restait mon jeu fétiche, notamment grâce à son univers d’une grande richesse et grâce à cette faction, qui entre toutes, restait chevillée à mon corps gracile et à mon âme chafouine : les sournois Skavens.

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Mais soudain, alors que je me relançais pour la énième fois dans le jeu grâce à PixelPirate et sa dulcinée, le couperet a fini par tomber : le Warhammer tel que je l’aimais fut abandonné sans un regard en arrière par Games Workshop, remplacé par un certain “Age of Sigmar” bourré de conneries dimensionnelles et associé à des figurines futuristico-speampunko-spacemarino-bling-bling. Un univers était mort et en s’effondrant, il brisa le coeur de nombreux trentenaires qui justement, étaient capables de s’acheter des armées complètes pour la première fois de leur vie. Ô rage, ô désespoir ! (Cela dit, il semble que Games Workshop soit en train de lancer un projet à destination des vieux aigris dans mon genre, nous verrons bien…)

Depuis, j’ai donc erré dans le paysage figurinistique comme une âme en peine, désespérant de jamais pouvoir retrouver un jeu qui ferait enfin s’affronter de gros blocs de troufions en armures. J’ai pleuré, passé des nuits entière à poursuivre vainement le sommeil qui, comme une troupe de guerriers des clans en maraude, me glissait systématiquement entre les pattes. J’ai hurlé à la lune, déchiré mes vêtements, renié les slips kangourous, agressé des vieilles dames et dépecé des bébé phoques avant de me couvrir de leurs entrailles encore chaudes. J’ai joué au rugby avec des chatons et suis ressorti des toilettes sans plus jamais me laver les mains. J’étais perdu. Mais un jour, malgré moi et contre toute attente, j’ai retrouvé la lumière.

L’étron de fer

Le titre qui chapeaute ce paragraphe est certes trompeur, mais je ne résiste jamais à un jeu de mot de mauvaise qualité. Du coup, mille excuses et tant pis si vous n’êtes pas content car de toute façon, en tant que rouquemoute je n’ai ni âme ni conscience. Bref, avant même d’envisager la possibilité d’un jeu de figurines dans l’univers du Trône de Le trône de fer - intégrale 1 - couvertureFer, j’étais déjà en extase devant l’oeuvre de George R. R. Martin. J’étais même déjà bien fan avant que la célèbre série de HBO ne soit envisagée. Imaginez donc l’impact d’une sorte de version fantasy adulte et trash des “Roi Maudits” de Maurice Druon sur un ex toxico du vieux Warhammer dans mon genre ! Un univers utra cohérent, des intrigues merveilleusement ficelées, de la tripaille, du mystère, des personnages inoubliables et un style superbe, voilà tout bonnement les ingrédients de ce qui constitue pour moi une oeuvre littéraire majeure (bien qu’encore inachevée à l’heure où je bave ces quelques lignes). Certes, ce n’est que mon avis et je vous invite à me cracher digitalement à la gueule si vous n’êtes pas d’accord, mais au fond, je m’en tapote le coquillard avec une queue de sardine trempée dans du jaune d’oeuf : j’adore le Trône de Fer. Aussi, lorsqu’un projet de jeu de figurines dérivé de l’univers de tonton Martin a montré le bout de son nez vérolé sur Kickstarter, je suis devenu fou, et ce pour deux raisons : la première, c’est qu’un rêve prenait corps, la deuxième, c’est que je n’avais pas assez d’argent pour soutenir le projet…

La rencontre, enfin

Fort heureusement, j’ai retrouvé du boulot, le fric s’est remis à couler à flots (ou presque) et j’ai donc pu me remettre à acheter des conneries plutôt que de chercher à assurer le futur en épargnant. Après tout, nous sommes en train de rendre impossible la vie sur notre bonne vieille planète, alors pourquoi diable se soucier de l’avenir ? C’est ainsi que je me suis retrouvé en possession la boîte de base de “A song of Ice and Fire : le jeu de figurines”.

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Une boîte bien ventrue, avec une tripotée de figurines monoblocs représentant les fiers nordiens de la maison Stark ainsi que leurs ennemis jurés : les perfides mais élégants Lannister. Outre les petits bonhommes, plutôt jolis malgré de grosses lignes de moulage, la boîte de base intègre une chiée de jetons divers et variés, de nombreuses cartes et un livret de règles d’une trentaine de pages. Autant vous dire que je me suis roulé dans tout ce matos comme un labrador sur une charogne.

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Et sinon, c’est bien ?

Pas mal du tout ouais, pour ne rien te cacher. Les règles sont claires et tout en étant relativement simples pour un jeu de ce type. Elles permettent néanmoins de très asoiaf-tactical-boardnombreuses tactiques, combos et autres trucs foireux que seule l’expérience permet d’appréhender. Le trône de fer, c’est un jeu d’activations alternatives qui fait la part belle aux placements intelligents et à l’anticipation. Et si tout tourne autour de la capture d’objectifs et de la mise en pièces de l’adversaire, de nombreuses subtilités viennent dynamiser les parties. Je pense notamment à cette jolie idée qui consiste à pouvoir adjoindre à son armée des personnages non combattants qui pourront, si on les active, s’emparer des différents emplacements d’un tableau tactique et ainsi octroyer de violents avantages à leurs troupes ou mettre des bâtons dans les roues de l’ennemi : mouvement gratuit, soins, cartes supplémentaires, etc.

Oui, parce que chaque faction possède aussi un deck d’une vingtaine de cartes qui lui sont propres. On notera d’ailleurs qu’une partie de ce deck est modifiée en fonction du choix de votre général et que mine de rien, ce simple aspect change vraiment le style et le fonctionnement de votre armée.

Enfin, j’apprécie également beaucoup l’utilisation des marqueurs “affaiblis, vulnérables et chambourcy” que l’on colle sur la tronche de l’adversaire au fur et à mesure de la partie et qui permettent de faire relancer des jets de dés. Parfait quand, comme moi, vous enchaînez les ratages homériques lors des lancers cruciaux.

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Le seul élément qui risque de choquer le néophyte tient à la gestion peu conventionnelle du moral. En effet, le Trône de Fer a la curieuse manie de vous faire perdre des troufions en cas de test de moral raté. En gros, lorsque vos unités subissent des dégâts et après calcul de différents modificateurs (charge de flanc, de dos, unités flippantes, présente de buff sur le terrain ou au contraire d’un tas de cadavres), si vous chiez votre test de moral, vous perdrez encore plus de gars. Ainsi, il n’est pas rare de ne perdre qu’un unique combattant lors d’un corps-à-corps mais de se faire démonter l’unité entière à la suite d’un test raté. Le plus fun, (surtout face à un Lannister qui vous impose régulièrement de tester votre moral) c’est de perdre des gars par un test de ce genre alors qu’il n’y a eu ni combat ni blessures… Bizarre, mais on s’y fait.

Des factions, des factions toujours des factions

En bon jeu de pétage de gueule médiéval soutenu par un univers dense et cohérent, le Trône de Fer a en outre le bon goût de proposer des armées aux styles distincts, tant par l’esthétique que par la façon de se comporter sur le terrain. Ainsi, là où les Stark favorisent l’agressivité et le mouvement, les Lannister seront plus attentistes et vous casseront les bonbons dans des batailles d’usure. Le peuple libre (ou les sauvageons, selon le point de vue) comptent sur une ligne de front très populeuse et des synergies intéressantes. La Garde de Nuit, pour ce que j’en ai vu, semble plutôt aligner des troupes puissantes associées à un système de vœux qui octroient de gros avantages. Enfin, chaque faction peut puiser dans un petit cheptel de mercenaires ou autres bannerets, tels que les boucliers liges Tully ou ces saloperies de Bolton et leur cavalerie lourde. Bref, y en a pour tous les goûts, d’autant que les nombreux personnages (combattants ou non) peuvent modifier le comportement de votre armée. Ainsi, opter pour Gregor “La Montagne” dans une armée Lannister vous fera gagner en force de frappe tandis que Jaime Lannister vous rendra encore plus pénible à déloger.

Le ver vient

Bon alors évidemment, tout n’est pas rose au royaume des patates dans la gueule : le fluff ne semble pas toujours respecté (on ne sait pas trop d’où sort la cavalerie lourde des Bolton, par exemple), mais globalement, l’exploitation de l’univers de George R. R. Martin tient quand même bien la route.

Autre inconvénient, les fameuses figurines monoblocs. Si la sculpture est chouette pour des figurines d’un seul tenant, il y a quand même de vieilles traces de moulures parfois très marquées, notamment chez les Stark qui, en hommes subissant avec stoïcisme un climat rude, ne semblent décidément pas gâtés par la nature. Bien sûr, l’avantage, c’est qu’on peut jouer tout de suite sans devoir passer quinze ans à se coller les doigts à la superglue.

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Enfin, et c’est peut-être là le plus grave, le jeu est très mal distribué en France, si bien qu’à l’heure où j’écris, le jeu comme les figurines sont quasiment introuvables de par chez nous, forçant les gens à commander en VO. Rien de trop chiant pour les anglicistes accomplis, mais on comprend mal ce qui se passe du côté de Edge qui ne communique pas alors que ses références sont en rupture depuis des mois.

Viendez à Westeros !

Oui, viendez à Westeros ! Il y fait bon et on y mange bien ! Bon vous avez compris, je suis bien fan de ce jeu de figurines qui me permet de renouer avec une grande partie de ce que j’aimais dans ce bon vieux Warhammer. Après avoir entraîné une âme charitable dans mon délire (la bise à toi Léo !) et même participé à un chouette tournoi à une heure de chez moi (où j’ai fini dans les derniers, grâce à ma nullité mais aussi à mes jets de dés calamiteux : sept 1 sur dix dés bordel !!!), je pense que je ne lâcherai pas A Song of Ice and Fire de sitôt. Mon petit doigt me dit même qu’en plus de mes chers Lannister, je risque bien de me mettre à collectionner les Barathéon, car j’aime les grosses brutes barbues qui manient des marteaux. Il ne me reste donc plus qu’à continuer à embrigader d’autres joueurs potentiels avant de les laisser me détruire au bout de deux parties. J’ai hâte.

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