[Avis] La dernière étoile – Fabien Tarlet

Je suis faible et influençable. La preuve, il a suffi d’une simple suggestion de la boutique Kindle et d’une poignée d’avis positifs pour que je fasse péter la carte bleue et lance le téléchargement de “La dernière étoile” de Fabien Tarlet. Le bouquin m’est donc plus ou moins tombé dessus sans que je m’y attende, en une forme d’écho aux aventures des personnages de ce roman complètement barré.

Quatrième de couverture

L’univers est en train de disparaître. Petit à petit, planète par planète, inexorablement. Cela, Edgie Thorson et le reste de l’équipage de l’Aigle Chauve ne le savent pas. Occupés à acheminer un objet de contrebande à l’autre bout de la galaxie à bord de leur cargo La dernière étoile - Fabien Tarletmiteux, comment pourraient-ils se douter qu’ils sont peut-être un rouage essentiel de cette situation exceptionnelle ? Et pourtant, les voici à présent avec tout l’Imperium aux trousses. Walt Herdsman, par exemple, soldat d’élite de la Circonscription Terrienne et bombardé à la tête de la Sécurité Galactique avec la lourde tâche de démontrer – enfin ! – que l’espèce humaine est une race intelligente. Ou bien May Adriès, seule et unique télépathe du Consortium, envoyée chercher des informations que personne d’autre ne pourrait récupérer. Sans oublier la toute-puissante armée squamate, fer de lance d’une race extraterrestre belliqueuse bien décidée à laver son honneur à jamais sali par un sombre crétin. Toutes les forces encore en jeu semblent converger dans une course désespérée vers le même point : la planète Cébès, de l’autre côté du Mur de Brawn : la dernière planète, au cœur du dernier système, autour de la dernière étoile…

La grande vadrouille

Attention les amis, l’heure est venue d’affuter votre esprit critique et de faire preuve d’un minimum de discernement. En effet, il serait facile de faire votre Bad Tachyon et de vous laisser abuser par ce titre sérieux et cette illustration de couverture qui en jette. Oui, ce serait terrible ! Car derrière ses atours de gros livre de SF qui baboule, “La dernière étoile” dissimule en fait une sorte de vaudeville de l’espace, un livre complètement barré où les gros calembours pleuvent davantage encore que les missiles. Attaquer ce bouquin, c’est se retrouver au milieu d’une débauche de situations à la con et de personnages débiles. Lire “La dernière étoile”, c’est sans cesse passer du “pfff” amical au “rhooo” coupable, du sourire niais au rire gêné, de l’incrédulité à la franche hilarité. Vous l’avez compris, si vous êtes là pour profiter de concepts science-fictionnels la grande vadrouillede folie et de gros vertiges prospectifs, vous en serez pour une grosse déception. Fabien Tarlet semble en effet s’être contenté de digérer une tripotée de idées classiques en SF, de les assembler et de les ressortir à la sauce humoristique : l’humanité est la dernière venue dans un univers déjà bien rempli de races anciennes qui se demandent d’ailleurs si les Hommes peuvent être qualifiés d’êtres intelligents. Y a des télépathes, des “précogs” qui entrevoient l’avenir et des sauriens bourrins dont les vaisseaux feraient passer les croiseurs impériaux de Star Wars pour des deudeuches pourries. De fait, la trame du livre apparaît parfois comme un agrégat d’idées piochées ça et là, voire d’un simple prétexte à quelques délicieuses saillies. En fait, on en serait presque à se dire que cette histoire de fin de l’univers est accessoire et ne fait office que de trame de fond à une débauche de calembours et d’explications farfelues. Tenez par exemple, l’auteur n’hésite pas à truffer son roman de notes de bas de page qui “éclairent” son univers. On aimera ou on détestera, mais pour ma part j’ai trouvé que le texte souffrait du coup de trop nombreuses interruptions, même si certaines de ces notes sont franchement drôles. Distiller les fameuses infos avec davantage de sobriété n’aurait sans doute pas été une mauvaise idée.

Les pieds nickelés

A roman barré, personnages barrés. Ainsi, les trois membres de l’équipage de la poubelle volante baptisée l’Aigle Chauve apparaissent-ils comme d’authentiques branquignols. Leur chef, Edgie Thorson, va par exemple passer l’essentiel du bouquin à se lamenter et à imaginer la manière dont son vaisseau pourri et sa pauvre carcasse vont finir atomisés. Edgie peut heureusement compter sur Gunnar, un extraterrestre brutal au faciès de gorille qui affectionne tout particulièrement les bonnes bastons. Toujours à distribuer des mandales d’abord et à discuter ensuite, il est sans conteste l’atout charme et diplomatie du trio, du moins pour un temps. Enfin la fine équipe est complétée par un autre alien. Fort mystérieux, ce navigateur de génie est pour sa part totalement imperméable aux considérations bassement matérialistes de ses compères, sauf quand il faut calculer des trucs de tête… On se demande un peu ce qu’il fout là et même ses condisciples ne savent pas très bien pourquoi il continue d’écumer l’espace en leur compagnie. 

Les pieds nickelés

Vous vous doutez bien qu’avec un tel cheptel de winners, ce qui nous attend dans le bouquin ne sera pas d’une grande subtilité. Il n’empêche que leurs déboires a souvent un je ne sais quoi de jubilatoire. Bien entendu, l’équipage va peu à peu s’étoffer et donc adjoindre d’autres phénomènes de foire à la fête. C’est là tout le sel du roman qui, pour l’essentiel, s’évertue à plonger l’équipe dans des situations inextricables auxquelles, de toute façon, elle ne comprend pas grand-chose. Et si comme je le disais, les ficelles de l’histoire sont assez grossières et si les saillies de l’auteur ne font pas toujours mouche, on en est quand même pour quelques scènes d’anthologie. Le résultat, c’est qu’on se prend vite à pardonner Fabien Tarlet pour ses petits travers. “La dernière étoile” est certes un bouquin imparfait, mais il est également drôle et rafraîchissant, si bien que je ne dirais sans doute pas non à un deuxième volet. Et ça tombe plutôt bien puisqu’en surfant sur le profil Facebook de l’auteur, on apprend que ce dernier est plutôt content du succès de son bouquin (plus de 2000 exemplaires vendus en 2019 malgré une absence totale de promotion) et qu’il bosse actuellement sur une suite dont le titre de travail est “Ce que rêvent les chiens”.

Fabien Tarlet profile pic

C’est fou, Fabien Tarlet semble fort sympathique.

Morceaux choisis

N’importe quel étudiant de douze ans était capable de donner à peu près correctement la date de ce que la diplomatie terrienne appelait encore officiellement « le Premier Conflit Inter-Espèces Post-Contact » – façon fort pompeuse de qualifier la toute première guerre menée par la Terre contre une race extraterrestre – qui avait eu lieu non loin de cette fameuse planète. Mais dans les conversations quotidiennes, on lui préférait toutefois le terme plus cru – et plus parlant – de « Grosse Branlée ». Les Squamates, qui étaient ressortis vainqueurs de ce très bref affrontement avec la flotte spatiale terrestre, parlaient, eux, avec un sens de l’humour assez rare au sein de leur espèce, de « Guerre de Sept Minutes » ou, de manière plus cinglante encore, de « 172-0 » “

“Comme on l’a vu, l’état-major terrien n’avait jamais énormément progressé en termes d’imagination au fil des derniers siècles. Donner des noms d’oiseaux aux appareils volants étant une constante à peu près depuis les débuts de l’aéronautique, on en arrivait à ce moment gênant où on avait épuisé le contenu d’à peu près toutes les banques de données ornithologiques depuis belle lurette. On s’était donc mis en tête d’aller taper dans les noms d’oiseaux légendaires et/ou mythologiques. Ceux-ci n’étant pas, eux non plus, illimités, un choix avait déjà été arrêté pour la prochaine génération de chasseurs : on se contenterait de les appeler Maurice, et puis merde.”

“L’absence de murs au sein du cuirassé apparaissait de plus en plus, rétrospectivement, comme une fausse bonne idée – mais c’était précisément l’une des caractéristiques des idées merdiques que d’avoir l’air excellentes jusqu’au moment précis où les faits venaient vous donner tort.”

Une réponse sur « [Avis] La dernière étoile – Fabien Tarlet »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s