[Avis] Le temps fut – Ian McDonald

Vingt-troisième volume de l’excellente collection “Une heure lumière” du Bélial, “Le temps fut” n’a pas mis longtemps à rejoindre ma grosse bibliothèque de nanti. Et le truc fou, c’est qu’en plus de l’acheter, je l’ai lu. 

Résumé éditeur

Un petit avertissement préalable. En général, les quatrièmes de couverture des différents volumes de la collection sont plutôt bien fichus : ils mettent l’eau à la bouche sans trop en dévoiler, comme il se doit. Cette fois cependant, je me dis que vous feriez peut-être bien d’éviter de le lire et de vous contenter de cette affirmation toute subjective : oh oui qu’il est bien ce bouquin, lisez-le. Après, faut être honnête, je ne vois pas trop non plus comment le rédacteur dudit résumé aurait pu faire autrement. Diantre, que la vie est compliquée !

Bouquiniste indépendant, Emmett Leigh déniche un jour un petit recueil de poèmes lors de la liquidation de la librairie d’un confrère. Un recueil, Le Temps fut, qui s’avère vite d’une qualité littéraire au mieux médiocre… En revanche, ce qui intéresse Emmett au plus haut point, c’est la lettre manuscrite qu’il découvre glissée entre les pages de l’ouvrage. Pour le bouquiniste, tout ce qui peut donner un cachet unique et personnel à un livre est bon à prendre. Il se trouve ici en présence d’une lettre d’amour qu’un certain Tom adresse à son amant, Ben, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. Remuant ciel et terre – et vieux papiers – afin d’identifier les deux soldats, Emmett finit par les retrouver sur diverses photos, prises à différentes époques. Or, la date présumée des photos et l’âge des protagonistes qui y figurent ne correspondent pas… Du tout.

Le temps fut

Questions existentielles au niveau du vécu.

Oui, je sais, vous l’avez lu quand même ce résumé. Parce que vous êtes un vandale, un fou, un guedin. Vous ne respectez rien ni personne. Vous chiez dans les bénitiers et passez à tabac des vieilles dames et leur caniche. Pire, depuis qu’un camarade de classe mal intentionné vous a spoilé la fin de “Sixième Sens” vous vous dites que l’humanité peut bien partir en flammes à cause du dérèglement climatique, ça sera bien fait pour sa gueule.

Tout ça me semble d’ailleurs parfaitement logique et raisonnable. En fait, je suis même carrément d’accord avec vous, mais j’ai beau être un grand malade, il n’empêche que je existential crisism’interroge : à quel point mon ressenti vis-à-vis de cette chouette novella a-t’il été influencé par la lecture de ce résumé ? Le fait est que je n’en sais trop rien. Mais, là, comme ça, j’ai tendance à penser que j’aurais aimé découvrir par moi-même ce qui va tant perturber ce vieil Emmett Leigh. Certes, l’histoire n’est pas si mystérieuse que ça et on se doute très vite de la tournure que vont prendre les événements mais je pense que l’effet que le texte peut avoir sur le lecteur est un poil atténué par ce fameux résumé. Euh, mais attendez un instant, si vous regardez en détail la couverture (par ailleurs superbe) vous risquez aussi de comprendre bien trop vite ce qui vous attend… Oh et puis merde à la fin !

Les libraires sont nos amis.

Le temps fut” m’est apparu comme un texte assez étonnant pour tout un tas de raisons, certaines plus tarabiscotées que d’autres. En premier lieu, on citera le choix délicat d’une old bookshopthématique éculée dont le traitement par l’auteur est à la fois classique et élégant. Ian McDonald aborde son sujet avec beaucoup de sensibilité, y injectant par petites touches discrètes des thèmes très actuels sans que cela dénote. Citons pêle mêle la lutte des libraires pour continuer à vivre de leur commerce face à l’ogre internet, l’homosexualité (sans aucune volonté militante non plus hein, ce n’est pas du tout le propos du livre), le Brexit et des tas d’événements étranges au sujet desquels les historiens actuels sont loin de s’accorder. En cherchant un peu sur le net, on s’aperçoit en effet que l’auteur semble avoir agrégé toute une ribambelle d’événements inexplicables et pourtant bien réels. Franchement, faites le test et prenez quelques minutes pour vous renseigner, ça frictionne joyeusement le ciboulot !

C’est pas facile d’avoir du style.

Une autre raison de mon amour immodéré pour ce texte tient au style de l’auteur. Les descriptions des différents lieux visités sont saisissantes tandis que la vie d’Emmett semble pour sa part tourbillonner et virevolter, un effet obtenu par le biais d’ellipses virtuoses mais quelque peu déstabilisantes. Le mélange a néanmoins beaucoup de shitty stylecachet. Le texte peut aussi s’avérer extrêmement cru, à l’image de brèves scènes de sexe mais surtout d’une description absolument abjecte d’exactions militaires qui renverront d’ailleurs les lecteurs aux pires moments de “L’homme qui mit fin à l’histoire” de Ken Liu, dans la même collection. Enfin, “Le temps fut” est littéralement truffé de discrètes références geekesques qui ne manqueront pas de ravir les lecteurs attentifs. Alors oui, comme je le disais, la révélation finale n’en est pas une puisque les clefs de l’histoire sont livrées rapidement, mais comme disent les gens intelligents, ce qui importe, c’est le voyage et non pas la destination. L’enquête d’Emmett, notre fier bouquiniste, est passionnante de bout en bout et son destin magnifique. Enfin, le mélange de fiction et de faits historiques mystérieux confère au texte une force toute particulière. Sans doute pas le meilleur volume de la collection (allez donc lire “Le fini des mers” bordel !) mais un texte tout à fait recommandable. D’ailleurs, je ne suis pas totalement con en disant ça puisque cette novella a a obtenu le British Science Fiction Award en 2018. Ça vaut sans doute pas le prix des lecteurs de Bière Foot Magazine, mais c’est déjà pas mal.

D’autres avis ?

Le culte d’Apophis / L’épaule d’Orion / Gromovar / Les lectures de Xapur /

 

8 réponses sur « [Avis] Le temps fut – Ian McDonald »

  1. Ping: Le temps fut – Ian McDonald | Le culte d'Apophis

  2. Ping: Time was (Le temps fut) – Ian McDonald – L'épaule d'Orion

  3. Richard

    Pas encore lu mais je l’ai sur ma liseuse. Faut d’abord que je me cogne les 1862 pages du Sorceleur qui me restent à lire ! Merci pour l’avis en tout cas.

    Aimé par 1 personne

    1. badtachyon

      Je crois que c’est une fiction du genre « Tout est bon dans le houblon » d’un certain Arthur C. Claque. Je l’ai pas encore lu cela dit, mais la critique était élogieuse.

      J'aime

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