[Avis] Chiens de guerre – Adrian Tchaikovsky

J’ai jadis ouï dire que les battements d’ailes d’un papillon au Brésil pouvait provoquer une tornade au Texas. Franchement, j’étais pas convaincu. Sauf que maintenant, il s’avère que des mecs qui décident de bouffer un pangolin à Wuhan provoquent des pénuries de pâtes et de PQ au Lidle de Melun. Du coup, je commence un peu à tout remettre en question. Une chose est sûre cependant : cette sombre histoire de coronavirus me permet de ratrapper un peu de mon énorme retard sur mes critiques livresques. Elle est pas belle la vie ?

Résumé éditeur

Je m’appelle Rex. Je suis un bon chien.

Rex est un bon chien. C’est un biomorphe, un animal génétiquement modifié, armé de fusils-mitrailleurs de très gros calibre et doté d’une voix synthétique créée pour instiller la peur. Avec Dragon, Miel et Abeilles, son escouade d’assaut multiforme, il intervient sur des zones de combat où les humains ne peuvent se risquer.

Rex est un bon chien. Il obéit aux ordres du Maître, qui lui désigne les ennemis. Et des ennemis, il y en a beaucoup. Mais qui sont-ils réellement ? Se pourrait-il que le Maître outrepasse ses droits ? Et si le Maître n’était plus là ?

Rex est un bon chien. Mais c’est surtout une arme de guerre hautement mortelle. Que se passerait-il s’il venait à se libérer de sa laisse ?

Après les araignées du futur lointain de « Dans la toile du temps », Adrian Tchaikovsky crée un personnage de chien intelligent aussi dangereux qu’attachant. Il met ainsi en lumière les conséquences, notamment éthiques, des recherches en biotechnologie.

Un cadeau des dieux

Apparemment pour les amateurs du genre, Adrian Tchaikovsky est un auteur britannique fort connu. Pour ma part, je l’ai découvert avec l’excellent “Dans la toile du temps”, fantastique bouquin qui permet de suivre l’évolution d’une civilisation radicalement différente de la nôtre et qui finit bien sûr par entrer en contact avec Chiens de guerre couverturel’humanité. Bon en même temps, “Dans la toile du temps” est le premier bouquin de l’auteur à avoir été publié en France, ceci expliquant cela. Une voix aigrelette venue du fin fond de mon cerveau moisi me susurre néanmoins que ce n’est pas une raison, surtout quand on est un anglophone anglophile averti comme moi. Ce à quoi je lui réponds merde. Bref, j’attendais avec une certaine impatience un nouveau texte du bonhomme. Or le bouquin m’est tombé entre les pattes grâce à mes chers collègues du boulot qui, pour fêter mon anniversaire, se sont saignés aux quatre veines. Certains ont fait péter leur PEL, d’autres ont craqué tout l’argent accumulé depuis des mois grâce aux faramineuses augmentations gracieusement offertes par Jean-Michel Blanquer. Tout ça pour m’acheter le roman. Je les en remercie encore, même si nous sommes tous d’accord là-dessus : je le vaux bien.

Je voudrais un susucre

Alors, qu’est-ce qu’elle vaut cette histoire de toutou bionique ? J’avoue que si je n’avais pas été autant passionné par “Dans la toile du temps”, j’aurais sans doute été moyennement confiant en entamant la lecture de “Chiens de guerre”. Après tout, avec un titre pareil, on pourrait légitimement s’attendre à un livre bourrin et bas du front. funny dogSauf que non, bien sûr. Le roman s’ouvre pourtant sur ce qui ressemble quand même furieusement à une scène de “Delta Force”, avec un clébard bionique dans le rôle de Chuck Norris. Ca défouraille sec et ce en dépit d’un vision assez simpliste, biaisée et utilitaire des événements. Logique puisque l’auteur choisit tout d’abord de nous faire partager le point de vue de Rex, par essence limité. Les choses vont toutefois changer assez rapidement, notamment à travers les échanges de Rex et de ses camarades bioformes dont on sent le trouble grandissant et une conscience peut-être un poil plus aiguë des évènements que ce que leurs concepteurs avaient en tête.

En effet, ces bestioles (un chien, un ours, un croco et … un essaim d’abeilles) sont des créations improbables, le résultat flippant de bidouillages génétiques et cybernétiques. Dans ce futur proche, ils sont nés pour la guerre et n’ont pas d’autre utilité. Ils sont moins chers, plus efficaces et plus fiables que des machines qu’il est toujours possible de pirater. Et surtout, ils ne posent pas de questions comme le feraient des soldats humains.pollux_le manège enchanté Pour s’assurer qu’ils trucident bien ceux que leurs propriétaires ont désignés, en plus de leur endoctrinement, on les a dotés de puces spéciales qui leur font ressentir (surtout dans le cas de Rex en fait) un bon gros sentiment de plénitude lorsqu’ils suivent les ordres. A l’inverse, désobéir provoque chez eux un fort sentiment de mal-être. Supervisés en permanence et reliés en temps réel à leur commandant/maître humain, rien, absolument rien, ne peut mal tourner. Ainsi, comme je le disais, “Chiens de guerre” démarre certes comme une histoire de guerre un peu cheloue (et pourtant fort crédible…) mais les théâtres d’opération sur lesquels interviennent les bestioles ne constituent au final qu’un prétexte, un fond propice à l’émergence de la conscience chez ces êtres artificiels. La guerre et ses aléas pavent la voie au doute, à la peur et à d’autres choses pour lesquelles les biomorphes n’ont pas été conçus. Des choses que les super-animaux sont bien obligés d’appréhender lorsqu’un jour, l’escouade de Rex se retrouve livrée à elle-même…

Les chasseurs en proie au doute

Adrian Tchaikovsky est un winner et il mène bien sa barque. “Chiens de guerre”, sous ses atours bourrins, aborde en fait avec beaucoup de subtilité des thèmes qu’on trouvait déjà dans “Dans la toile du temps” : la venue à la conscience bien sûr (dans un premier temps), le lien entre la créature et le créateur mais aussi et surtout la confrontation de l’homme à l’altérité. L’histoire de Rex, les décisions qu’ils devra prendre seul en plein combat et les conséquences à long terme de ses choix ne sont finalement que la partie émergée d’un iceberg qui va vite venir heurter la coque du navire humain. Car Rex et ses compagnons ne sont pas seuls, les biomorphes sont partout et s’ils sont souvent employés pour se battre, on les emploie aussi ailleurs, là où l’on a besoin d’une main d’oeuvre efficace et bon marché. Mais si Rex finit par dépasser sa fonction et sa condition initiales, cela ne veut-il pas dire que d’autres en sont capables ? C’est à travers l’histoire spécifique de ce biomorphe, à travers son “expérience” d’un crime de guerre que l’auteur développe le vrai propos du bouquin. Rex est-il un simple outil parce qu’il possède un numéro de série ou peut-il être considéré comme témoin dans un procès au retentissement international ? Le questionnement est passionnant, le cheminement crédible et glaçant et le tout est mené de main de maître par Adrian Tchaikovsky. Alors oui, la fin du roman retourne peu à peu vers de l’action, mais les vrais enjeux du texte sont alors bien en place et donnent plus d’épaisseur encore à un récit qu’il devient très difficile de lâcher jusqu’à sa conclusion et qui continue à vous hanter une fois la dernière page tournée. Une vraie réussite.

D’autres avis ?

Le culte d’Apophis // Lorhkan et les mauvais genres // Les lectures de Xapur // L’épaule d’Orion // Les chroniques du Chroniqueur

2 réponses sur « [Avis] Chiens de guerre – Adrian Tchaikovsky »

    1. badtachyon

      Arf, certes non ! Je ne bloguais plus à ce moment-là, du coup j’ai fait l’impasse. Je le ferai pitête mais j’ai déjà une tripotée de critiques en retard, alors c’est pas gagné. En revanche, pas de doute, « Chiens de guerre » vaut le détour. Une de mes lectures préférées depuis le début de l’année.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s