[Avis] Un océan de rouille – C. Robert Cargill

Le confinement vous pèse ? Vous souhaitez débrancher votre cerveau et avalez un bouquin sans y penser et sans qu’il n’en reste plus la moindre trace dans votre esprit une fois la dernière page tournée ? Eh bien j’ai tout juste ce qu’il vous faut.

Résumé

Robots, androïdes… Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer. Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète. Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

Un Océan de Rouille - C. Robert Cargill

 

Du cinéma au papier

Publié en ce début d’année 2020 chez Albin Michel Imaginaire, “Un océan de rouille” est le troisième roman de Christopher Robert Cargill, un type fort sympathique surtout connu pour son taf de scénariste. En effet, le bonhomme a notamment officié sur les films “Sinister” 1 et 2, “Doctor Strange” et bosserait même actuellement sur l’adaptation cinématographique du très chouette jeu vidéo “Deus Ex : Human Revolution”. Du coup, en raison des relations incestueuses du monsieur avec Hollywood, on ne sera pas surpris outre mesure par le caractère essentiellement visuel et bourrin d’ “Un Océan de Rouille”. Avec ce roman, on plonge en effet au coeur d’un univers né de la collision entre “Mad Max” et “Terminator” ce qui donne lieu à une sorte de série B littéraire où l’huile de vidange remplace le sang.

C. Robert Cargill

 

Y a de la rouille dans l’potage

Un océan de rouille” est un roman volontairement bas du front, un bouquin où le monde n’abrite plus que deux types d’individus : d’une part on trouve quelques milliers de robots libres moribonds qui vivent leur vie au jour le jour en s’efforçant de mettre la main sur des pièces de rechange et d’autre part, on a une poignée d’Intelligences-Mondes impérialistes qui désirent “absorber” ces esprits indépendants pour devenir Wall-eomnipotentes. La civilisation des Hommes n’est plus depuis longtemps et il ne reste donc plus que des ruines dans lesquelles les robots se battent pour obtenir un disque dur encore en état de marche, une barrette de RAM (on sent les robots un peu has-been) ou un jeu de boulons, un peu comme lors du Black Friday. Et ces robots qui ne sont pas des humains fonctionnent quand même vachement comme des humains : certains s’émeuvent devant un coucher de soleil, d’autres veulent bien crever pour une cause plus grande qu’eux, à savoir débarrasser les planète des Intelligences-Mondes qui évidemment, sont les ennemies des libres penseurs. D’autres encore veulent régner sur leur petit domaine robotique. Tous ont une fonction de base dont ils se sont plus ou moins affranchi, mais tous sont humanoïdes ou presque, tous communiquent par la voix, ont des yeux et pensent à peu près comme des humains. C’est tout juste si on ne s’attendrait pas à voir Fragile faire des pauses pipi et s’abreuver à sa gourde. Bref, ce sont des robots, mais ça serait des créatures de chair et de sang que ça ne changerait pas grand chose au récit et ça, c’est quand même un peu con.

Fragile comme un char Leclerc

Cela dit, nous ne sommes pas là pour des considérations philosophiques ni pour nous interroger sur la crédibilité de la venue à la conscience des IA. Non, dans “Un océan de rouille”, on se contente de suivre les pérégrinations mécaniques de Fragile, une “Aidante”, autrement dit un robot d’un modèle particulièrement rare dont la fonction était autrefois d’assister son propriétaire grabataire à terminer sa vie. Mais Fragile a un souci : ses composants sont en train de lâcher et elle risque donc de disjoncter à tout moment. C’est en quelque sorte un retour de manivelle du destin puisque depuis la fin de l’humanité, elle “gagne” sa vie en dépouillant de leurs composant les robots mourants qui errent dans l’Océan de Rouille, une zone de la “Rust Belt” encore à peu près épargnée par les Intelligences-Mondes.

Terminator dark fate

Mais bien entendu, au bout de quelques dizaines de pages, Fragile va se faire embrigader dans une aventure à laquelle elle ne s’attendait pas et dont les enjeux vont forcément être formidables et bouleversants. Vous la sentez bien la grosse tension dramatique ? Dans les faits, sa quête va prendre la forme d’une banale mission d’escorte, prétexte à une succession de scènes d’action qui ne cassent pas trois pattes à un canard en plastique. Deux raisons à cela. Primo, les fameuses séquences évoquent un mauvais FPS dans lequel Fragile descend ses ennemis à tour de bras, en marchant tout droit sous le feu d’un ennemi qu’on nous présente pourtant comme le pinacle de l’efficacité militaire. Deuxio, la caractérisation des personnages est au mieux médiocre, si bien qu’on se fout royalement de ce qui peut bien arriver à Fragile et à ses compagnons.

“Claptrap s’est encore accouplé avec une multiprise.”

Manque de bol, cette superficialité et ce bourrinisme se retrouvent également dans la “contextualisation” du récit. “Un océan de rouille” fonctionne sur une alternance claptrap-ftwirrégulière de chapitres qui selon le cas, s’intéressent soit aux aventures de Fragile dans la « Rust Belt », soit aux événements ayant conduit à l’extermination de l’humanité, près de 30 ans plus tôt. Un découpage un peu brut et un ton trop didactique, façon cours d’histoire de Mme Brunefion, professeur(e) agrégé(e) d’histoire médiévale comparée au collège de Champomy-les-Bigorneaux (dans le 31). Malgré cela, je crois que ce sont ces moments qui m’ont le plus intéressés, même si là encore, on reste dans quelque chose d’assez convenu. Les seules menues réussites du texte viennent pour moi de ces passages un petit peu plus “intimistes” lors desquels on découvre comment tel ou tel protagoniste robotique a vécu la rébellion des machines, comment ceux-ci se sont défaits de leurs propriétaires et les relations qu’ils entretenaient avec ces derniers. Hélas, cela n’est à mon sens pas assez conséquent pour sauver un roman qui, même en tant que série B assumée, se révèle quand même bien trop mou du genou.

D’autres avis ?

L’ours inculte // Xapur // L’épaule d’Orion

 

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