[Avis] Djinn : La maudite – Jean-Louis Fetjaine

Jadis, en des temps reculés, j’étais tombé par mégarde sur un article de Lorhkan qui causait d’un chouette bouquin mêlant joyeusement croisades et fantasy. Ou bien était-ce sur le blog de Xapur ? Je ne sais plus trop. Vous savez, à mon âge avancé, je commence à perdre la boule. J’urine dans le lavabo et me lave les dents dans la cuvette des toilettes, tout ça. Quoi qu’il en soit, je me souviens quand même m’être dit “miam, faut que j’achète ce bouquin !”. Ce qui fut fait promptement à l’époque, car j’avais encore quelques réflexes. Pour entamer la lecture dudit roman en revanche, il m’aura fallu un bon bout de temps. Faut dire qu’avec ma cataracte, j’ai bien du mal à déchiffrer tous ces petits caractères.

Résumé

1130, Princée d’Antioche – au nord de l’actuelle Syrie.

Fille du roi Baudouin de Jérusalem, la princesse Alix d’Antioche s’apprête à accoucher en secret de son enfant illégitime, fruit de ses amours avec le connétable Renaud Mazoir. Personne ne doit apprendre cette naissance : sa mère a décidé que l’enfant ne survivrait pas. Mais son père, prévenu par ses informateurs, arrive à temps pour le sauver. L’accoucheuse, elle, est sacrifiée, non sans avoir jeté sur Alix une malédiction : l’esprit malin d’un Djinn s’attache désormais à ses pas. Mis à l’abri des velléités meurtrières de sa mère, le nouveau-né grandira au sein de la mystérieuse secte des Assassins ; son destin sera lié à celle-ci. Et la princesse maudite, poussée par son ambition dévorante, se voit emportée dans les tourments d’une terre dont l’histoire s’écrit trop souvent dans le sang… 

De Byzance à Jérusalem, d’Alep à Damas, une grande fresque où se côtoient l’histoire et le fantastique, dans le fracas des batailles incessantes entre Turcs, Byzantins et Croisés.

Djinn

Un Djinn tonique s’il vous plaît!

Comme d’hab, me voilà parti pour vous parler d’un bouquin pondu par un auteur que tout le monde connaît sauf moi. En effet, Jean-Louis Fetjaine est adoré par bon nombre de lecteurs depuis sa “Trilogie des elfes” que j’entends bien découvrir prochainement (en fait, y a deux trilogies hein, mais j’aime les raccourcis). Quoi qu’il en soit, quand on s’intéresse un tant soit peu au monsieur, on s’aperçoit vite qu’il affiche un profil tout à fait recommandable. A la fois philosophe, historien médiéval, journaliste, éditeur et couteau suisse, Jean-Louis Fetjaine ne peut que connaître parfaitement la recette du cocktail idéal pour donner des couleurs à une épopée de fantasy en Terre sainte.

La foi sans soif

Jean-Louis Fetjaine a donc choisi de situer son histoire au beau milieu d’une période historique foisonnante et complexe, terreau propice à une intrigue riche qu’on imagine djinnassez vite baignée de larmes et de sang. 1130 renvoie effectivement aux ultimes décennies séparant la première croisade et donc la formation des premiers états latins d’Orient, et la deuxième, lancée justement pour défendre ces mêmes territoires. L’auteur dépeint avec brio la situation précaire de ces terres entourées d’ennemis, convoitées par tous et tout autant en proie aux invasions qu’aux luttes intestines. Les acteurs sont nombreux et les enjeux multiples, si bien que le bouquin demande une attention soutenue de la part du lecteur. En effet, on pourrait aisément se perdre dans tout ce foutoir entre émirats, califats, factions croisées, secte ismaélienne des assassins, turcs et byzantins qui se foutent tous joyeusement sur la tronche et se tirent mutuellement dans les pattes. Il y aurait de quoi prendre peur pour sûr, mais Jean-Louis Fetjaine livre un récit à la fois dense et érudit mais aussi parfaitement limpide. Un véritable tour de force qui invite à être prolongé par quelques recherches sur toutes les figures historiques qui traversent le texte et les événements qui en dessinent le fond. Un régal.

Couscous ou tadjinn ?

Djinn : La maudite” repose donc sur de solides réalités historiques que l’auteur va altérer par l’entremise de subtiles et élégantes touches de fantasy. Ainsi, le point de départ du roman voit la naissance du fils aussi illégitime qu’imaginaire d’Alix de the_horns_of_hattin_by_aranthulasJérusalem, princesse d’Antioche, et du connétable Renaud Mazoir. Comme indiqué dans le beau résumé que j’ai eu la bonté de reproduire ci-dessus, Alix fait l’objet d’une malédiction à cette occasion : son âme se trouve liée à un djinn, une créature surnaturelle issue de croyances anciennes, antérieures à l’Islam. De prime abord, la princesse ne se rend pas compte de l’emprise que la créature a sur elle, pas plus que le lecteur qui ne percevra l’étendue de cette possession qu’au fur et à mesure de l’avancée du texte. Mais le fait est que cet “incident” va mettre en branle une tripotée d’événements tragiques, attiser les braises de la haine et embraser une Terre sainte qui n’avait pas forcément besoin d’être poussée dans l’abîme. Et l’Histoire de se teinter de magie. Et les conflits de prendre une tonalité plus tragique encore. Et les hommes de n’être plus guère que des marionnettes au sein d’une guerre qui dépasse de fait leurs absurdes histoires de religion ou leur soif de pouvoir. 

Djinn : La maudite” va dès lors s’attacher à dépeindre ce tourbillon de violence, avec en fil rouge, les machinations d’une Alix manipulée en sous-main par une créature dont les objectifs, par nature inhumains, sont totalement mystérieux. Au fond, le récit n’a pas Melisende-de-Jerusalemde personnage principal en dehors de cette terre même et de cet élan de destruction. D’habitude, j’admets que je n’aime pas trop les bouquins qui ne proposent pas de point d’ancrage bien défini ou de héros bien identifié. Mais là, on s’attache beaucoup à de nombreux protagonistes qui, comme sous l’influence d’un George R. R. Martin, en prennent plein les dents et se font furieusement ballottés dans tous les sens. Sans s’en apercevoir, on dévore ainsi ce court texte passionnant qui hélas, semble ne pas offrir de conclusion digne de ce nom. J’avoue être un peu resté sur ma faim avant de m’apercevoir que Jean-Louis Fetjaine a en fait écrit une suite baptisée “Mélisende de Jérusalem : la reine maudite”. Une suite que j’ai promptement lue et qui a balayé ma frustration de fort belle manière (et que je critiquerai un jour sur ce blog, je suppose). Mais après tout et a posteriori, était-ce bien raisonnable de ma part de chercher du sens et une conclusion à une histoire de sang qui continue aujourd’hui encore à s’écrire de Damas à Jérusalem ?

D’autres avis ?

Lorhkan // Les lectures de Xapur

3 réponses sur « [Avis] Djinn : La maudite – Jean-Louis Fetjaine »

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