[Avis] Doom Eternal

S’il y a bien quelque chose qui me caractérise avant tout, c’est mon goût immodéré pour tout ce qui est fin et délicat. Tous ceux qui me connaissent vous le diront : je suis un être raffiné qui ne s’épanouit vraiment qu’au travers de nombreux dîners mondains et de conversations érudites. J’aime le brandy et les sous-vêtements en dentelle et j’exècre la médiocrité. Cependant, à l’instar d’une superbe rose qui déploie ses pétales dans la gloire d’un soleil régalien mais dont les racines tirent leur force d’un tas de fumier, je cache un terrible secret : j’ai été biberonné à Doom.

Quand notre coeur fait Doom

Grâce à mon grand frère dont on louera l’irresponsabilité, j’ai effectivement été initié très tôt aux joies ineffables du massacre de démons à la tronçonneuse, non pas avec le tout premier épisode proposé en shareware dès 1993 (que j’ai découvert plus tard) mais doom IIavec le Doom II de 94. En solo, en deathmatch contre ledit frangin, avec des codes de triches (que je connais encore), dans tous les modes de difficultés, alors que j’étais censé faire mes devoirs, de nuit, de jour, j’ai pratiqué Doom dans toutes les conditions possibles et imaginables. Puis plus tard, ce fut le tour de Duke Nukem 3D, de Starcraft et de bien d’autres titres. Mais au fond, en dépit de mon appétence pour toutes sortes de nouveautés vidéoludiques, Doom est toujours conservé une place de choix dans mon petit cœur fripé. Alors évidemment, y a eu Doom 3 et ce con de marine infoutu de scotcher une lampe torche sur son flingue, mais il y a aussi eu Final Doom ou encore le sublime long-métrage tchèco-anglo-germano-américain qui a mis Dwayne Johnson sur la voie du succès…

Mais voilà qu’en 2016, id Software a choisi de passer le mythe à la moulinette de la modernité avec un reboot des familles sobrement baptisé Doom. Reboot qui m’avait fait passer d’excellents moments, me permettant de renouer avec des sensations que je croyais depuis longtemps disparues. Rapide, nerveux, exigeant mais aussi imparfait, notamment en raison de ses “finish moves” un peu trop envahissants, ce Doom là m’avait quand même semblé être un épisode charnière : un jeu à mi-chemin entre le bourrinisme originel et les FPS actuels et auquel il manquait un petit quelque chose pour être vraiment réussi. Et de fait, il a effectivement permis de paver la voie à Doom Eternal.

Doom movie Dwayne Johnson

 

Bim Bam Doom

Nous voilà donc avec la dernière itération en date de la célèbre série, un épisode qui par bien des aspects et à mon humble avis, en constitue le pinacle. Car la grande réussite de Doom Eternal, c’est sa science du dosage. Marrant de dire ça au sujet d’un jeu qui, vu de loin, n’apparaîtra aux profanes que comme un incompréhensible tourbillon de violence. doom-eternal-01Pourtant les faits sont là. En premier lieu, id Software a peaufiné à l’extrême son système de combat, au sens où chaque affrontement s’appréhende certes à l’instinct et aux réflexes mais aussi avec une bonne dose de jugeote. Il convient en effet de choisir judicieusement ses cibles sous peine de finir éparpillé en moins de 30 secondes. La plupart des ennemis du jeu est ainsi particulièrement vulnérable à un type précis d’arme ce qui impose de changer constamment de pétoire ou de mode de tir pour optimiser les dégâts. En outre, trucider un démon en utilisant un « finish move » (baptisé “glory kill”) ou un équipement spécifique (lance-flammes, tronçonneuse ou deux types de grenades) vous octroie selon le cas de l’armure, de la santé ou des munitions. Ajoutez à cela un palette de mouvements assez étendue qui transforme votre perso en une véritable savonnette du futur et vous obtenez des combats rageurs, nerveux, ultra violents, techniques et exigeants. Déjà, rien qu’avec ça, Doom Eternal pourrait sans peine restaurer la foi du plus blasé des joueurs, mais le truc fou, c’est que le bougre ne s’arrête pas là.

Accidents Doomestiques ?

Les développeurs d’id Software ont également profité de l’intervalle entre le Doom de 2016 et ce nouvel opus pour prendre des cours d’architecture démoniaque, tout en envoyant des high-kicks virtuels dans la tronche de Marie Kondo. Les niveaux de Doom Eternal sont en effet tentaculaires, somptueux, variés et bourrés de secrets et autres bonus à débloquer, si bien qu’on se prend à revenir régulièrement dans ceux qu’on a bouclés, d’autant que certaines zones ne sont pas accessibles d’emblée. Un effort très net a par ailleurs été consenti sur la verticalité ce qui donne lieu à quelques jolis passages de virevoltes aussi grisantes que vertigineuses. Enfin, les différents environnements proposés reposent souvent sur de vastes zones semi-ouvertes d’où partent des sections plus linéaires qui vous confrontent à un type d’ennemis ou à un défi particulier. Et mine de rien, cette structure offre de la variété tout en faisant naître un vrai sentiment de progression, l’impression délectable de dératiser peu à peu, dans la sueur et le sang, un vaste nid de démons.

Et quand on parle de suppôts des enfers justement, sachez qu’id Software nous a pondu un bestiaire de folie et que certaines rencontres vous donneront des sueurs froides. Non pas parce que les démons sont particulièrement flippants (à ce stade-là, ils sont tous au moins aussi abjects que les participants d’une télé-réalité sur la chirurgie esthétique) mais surtout parce qu’ils sont affreux à combattre, à l’instar du Maraudeur, une saloperie qui bloque les tirs de loin, vous défonce à coups de fusil à pompe de près et n’est vulnérable que quand ses yeux virent au vert, un quart de seconde avant de vous rusher… Et je ne parle même pas du limier fantôme qu’il invoque dans le même temps pour vous harceler pendant le combat. Souffrance et stress vous attendent dès que vous en croiserez, mais lorsque vous leur ferez mordre la poussière, vous aurez l’impression grisante d’avoir accompli l’impossible.

Avec tout ça, le résultat, c’est qu’on ne s’ennuie jamais en traversant les niveaux de cet abattoir à pixels. Pas une seule seconde. On en chie souvent, mais on en redemande toujours. Alors certes, il y a des défauts, à l’instar de cette “narration” inutile (quoique, je m’attendais à pire, et j’ai même bien apprécié de croiser des “civils”), ces quelques phases d’explorations exotiques un peu pourries (dans l’eau, ou dans une sorte de « slime » qui vous empêche de décoller du sol) et ce multi asymétrique rigolo mais lassant, mais il n’empêche que Doom Eternal n’en constitue pas moins une franche réussite. Héraut moderne d’un genre qu’il a jadis initié et que les gens intelligents ont baptisé depuis le “fast FPS”, le dernier bébé en date d’id Software est taillé pour la gloire. Jouez-y.

 

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